Bilan ergo enfant : comprendre son profil sensoriel (2026)

Profil sensoriel de mon enfant : ce que le bilan ergo m’a révélé (et ce qu’on fait depuis)

Ergothérapeute spécialisée en intégration neurosensorielle observant un enfant de 7 ans dans un espace sensoriel adapté, avec des matières, balançoire et parcours proprioceptif

Il y a un souvenir que je n’arrive pas à effacer. Lucas avait cinq ans, on était dans un supermarché un jeudi après-midi — pas un moment de rush, juste nous deux et nos courses. Quelqu’un a renversé une bouteille de verre dans l’allée suivante. Le bruit a été bref. Pour lui, c’était l’apocalypse. Il a mis les mains sur ses oreilles, s’est plié en deux et a commencé à crier d’une façon qui me faisait honte — je dis ça avec toute la culpabilité que ça implique, parce que je pensais encore que c’était une question d’éducation.

Quelques semaines plus tard, la neuropsy qui suivait son bilan TSA a prononcé une phrase que je n’avais jamais entendue : « Il faudrait qu’il soit évalué par un ergothérapeute spécialisé en intégration neurosensorielle. » J’ai hoché la tête comme si je savais de quoi elle parlait. Je ne savais pas.

Si vous lisez cet article, vous êtes probablement au même endroit où j’étais. Voilà ce que j’aurais voulu lire à l’époque.

5–10%
des enfants neurotypiques ont des difficultés de traitement sensoriel
Source : Marco et al., American Journal of Occupational Therapy, 2011
80–95%
des enfants avec TSA présentent un profil sensoriel atypique
Source : DSM-5-TR, APA, 2022 — critère B4
3–18 mois
d’attente moyenne pour un bilan ergo spécialisé INS en France
Source : témoignages familles LeoBelo 2024–2025
✅ Ce qu’il faut retenir
  • L’intégration neurosensorielle est un processus neurologique, pas un défaut d’éducation.
  • 80 à 95 % des enfants avec TSA présentent des troubles du traitement sensoriel — c’est massif.
  • Un bilan ergo spécialisé permet d’identifier le profil exact (hypo, hyper, ou mixte) et oriente les adaptations.
  • Le travail à la maison en complément de l’ergo est aussi important que les séances elles-mêmes.
  • Les délais d’attente en France sont réels (souvent 6 à 18 mois) : on peut commencer à agir pendant ce temps.
  • Pas besoin de diagnostic pour consulter un ergo — le profil sensoriel seul suffit comme motif.
AL

Aurélie Leroux

Co-fondatrice LeoBelo · Maman de Lucas (9 ans, TSA + profil sensoriel mixte) et Emma (7 ans) · Spécialiste outils sensoriels depuis 2020

« Le bilan ergo de Lucas a changé la façon dont je lis ses comportements. Avant, je voyais des crises. Après, je vois des signaux. Ce n’est pas une petite différence — c’est tout. »

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6 ans
d’accompagnement
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TSA
profil de Lucas
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L’intégration neurosensorielle — le système qu’on n’apprend pas à l’école

À l’école, on nous a appris cinq sens. La vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher. Ce qu’on ne nous a pas dit, c’est qu’il en existe au moins sept — et que les deux qu’on a oubliés sont souvent au cœur des difficultés des enfants comme Lucas.

Le système proprioceptif vous dit où se trouve votre corps dans l’espace sans que vous ayez besoin de le regarder. Quand vous attrapez un verre sans renverser, vous avez votre proprioception à remercier. Et le système vestibulaire, logé dans l’oreille interne, gère l’équilibre, la gravité, le mouvement. Ces deux systèmes sont primitifs, très anciens au sens évolutif. Ils sont les premiers à se développer chez le nourrisson.

C’est Anna Jean Ayres, ergothérapeute américaine et docteure en neurosciences, qui a formalisé tout ça en 1972. Son idée centrale était simple en apparence : le cerveau reçoit en permanence des flux d’informations venant de tous les sens. Pour fonctionner normalement — pour faire un devoir, jouer avec un autre enfant, manger sans crise — il doit filtrer, prioriser et intégrer ces informations. Quand ce processus dysfonctionne, tout le reste trébuche.

Ce que décrit Ayres n’est pas un trouble psychiatrique ni un retard intellectuel. C’est un problème de traitement neurologique de l’information sensorielle, documenté par l’Inserm dans ses travaux sur les troubles neurodéveloppementaux. La différence est cruciale, parce qu’elle change complètement l’approche.

⚠️ Un point de vocabulaire : vous verrez les termes « intégration sensorielle » (IS) et « intégration neurosensorielle » (INS) utilisés de façon quasi interchangeable en France. L’INS est simplement la dénomination adoptée par les ergothérapeutes francophones. Dans les deux cas, on parle du même cadre théorique issu des travaux d’Ayres.

Pour aller plus loin sur les mécanismes des 7 sens chez l’enfant, notre guide complet de l’intégration sensorielle détaille chaque canal sensoriel avec des exemples concrets.

Pourquoi certains enfants ont un profil sensoriel différent

La première chose que l’ergo de Lucas m’a dite, c’est que son système nerveux n’était pas « cassé ». Il fonctionnait différemment. Cette distinction a mis un moment à me rentrer dans la tête, mais elle a tout changé dans ma façon de réagir à ses crises.

Chez un enfant avec un profil sensoriel atypique, le seuil à partir duquel le cerveau traite une stimulation est soit trop bas, soit trop haut — parfois les deux selon le canal sensoriel concerné. Un seuil bas signifie que des stimulations ordinaires (le bourdonnement d’un néon, la couture d’une chaussette) sont perçues comme intenses, voire douloureuses. Un seuil haut, à l’inverse, fait que l’enfant ne reçoit pas assez d’informations et va en chercher activement — en se cogner, se balancer, mâchouiller tout ce qui passe.

Ce n’est pas une question de volonté. Le système nerveux central ne se commande pas comme ça.

Sur le plan épidémiologique, les chiffres sont frappants. On estime que 5 à 10 % des enfants neurotypiques présentent des difficultés de traitement sensoriel. Chez les enfants avec un TSA, ce chiffre monte à 80–95 % — si bien que le DSM-5 en a fait un critère diagnostique officiel. Pour le TDAH, les estimations varient selon les études, mais on tourne autour de 40 à 60 %. Et ces profils peuvent exister sans diagnostic formel : un enfant qui n’a ni TSA ni TDAH peut tout à fait avoir un traitement sensoriel atypique qui complique son quotidien.

Génétique, prématurité, facteurs périnataux — on ne connaît pas encore toutes les causes. Ce qu’on sait, c’est que le cerveau est plastique, que ça peut s’améliorer avec un accompagnement adapté, et que l’intervention précoce compte.

Les signaux qui doivent vous faire appeler un ergo

Je vais être honnête : il n’existe pas de check-list magique avec un score qui déclenche une alarme. Ce que je vais vous décrire, ce sont des scènes que vous reconnaîtrez peut-être, parce qu’elles se sont passées dans votre salon ou votre cuisine.

Au niveau des sens « classiques »

Votre enfant retire ses chaussettes dès qu’il rentre à la maison, coupe les étiquettes de tous ses vêtements, refuse catégoriquement certaines textures de tissu. Ou à l’opposé, il ne sent pas qu’il s’est blessé, touche tout le monde en permanence, cherche à se glisser sous des coussins lourds. Les repas sont un combat quotidien à cause des textures alimentaires — pas de la mauvaise volonté, pas du caprice. Il couvre les oreilles dans les environnements bruyants qui semblent normaux aux autres, se bouche le nez dans des situations où personne d’autre ne remarque quoi que ce soit.

Au niveau du mouvement et de la posture

Il se cogne souvent, pas parce qu’il est maladroit au sens ordinaire du terme, mais parce qu’il a du mal à évaluer la force de ses gestes et la distance entre son corps et les objets. Il tombe plus que les autres dans les escaliers. Il a du mal à rester assis sans bouger, cherche à se balancer, à tourner sur lui-même. À l’inverse, peut-être qu’il évite les jeux physiques, qu’il a peur des toboggans ou des balançoires.

Au niveau du comportement et de l’attention

Il se déconcentre dès qu’il y a du mouvement dans son champ de vision — pas parce qu’il « ne fait pas d’efforts », mais parce que son cerveau filtre moins bien que les autres. Les transitions sont très difficiles. Les crises semblent « disproportionnées » par rapport à ce qui les a déclenchées. Les environnements neufs le déstabilisent durablement.

🔎 Ce n’est pas une urgence médicale, mais c’est un motif valable de consultation. Vous n’avez pas besoin d’attendre un diagnostic formel pour appeler un ergo. Pour mieux identifier le tableau, notre article 7 signes que votre enfant est hypersensible est un bon point de départ.
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En attendant le rendez-vous, vous n’êtes pas obligé·e de rester sans rien faire.

Les bons outils sensoriels permettent souvent de réduire l’intensité des crises et d’aider votre enfant à se réguler — même sans bilan. C’est ce que font beaucoup de parents qui ont une attente de 6 à 12 mois devant eux.

→ Explorer les outils d’apaisement sensoriel

Ce qui se passe vraiment lors d’un bilan ergo

Avant le premier rendez-vous de Lucas, je m’attendais à quelque chose de solennel, avec des tests sur feuille et un compte-rendu incompréhensible. C’était tout le contraire.

Le bilan ergo spécialisé en INS commence généralement par un entretien d’une demi-heure à une heure avec les parents. L’ergothérapeute veut comprendre le quotidien de l’enfant — les repas, le coucher, les transitions, les relations avec les autres enfants, ce qui déclenche les crises. C’est une phase où votre mémoire des 6 derniers mois va être sollicitée, donc préparez-vous à noter des exemples concrets avant de venir.

Le Profil Sensoriel de Dunn 2

L’outil de référence en France pour les enfants à partir de 3 ans, c’est le Profil Sensoriel de Dunn 2 — un questionnaire que remplissent les parents (version parentale) et parfois l’enseignant (version scolaire). Il cartographie la façon dont l’enfant traite les informations dans chacun des systèmes sensoriels et positionne son profil sur quatre quadrants : chercheur de sensations, évitant sensoriel, sensible sensoriel, enregistrement bas.

C’est plus nuancé qu’un simple « hypo ou hyper ». Un enfant peut être hyposensible au plan proprioceptif (il cherche des contacts intenses) et hypersensible au plan auditif (les bruits forts le paralysent) en même temps. Cette cartographie fine est ce qui rend le bilan cliniquement utile.

🧩 Pas encore de rendez-vous ergo ? Notre test d’orientation inspiré du Dunn 2 (40 questions, ~10 min, PDF gratuit) permet d’identifier le profil dominant de votre enfant parmi les quatre quadrants — Chercheur, Évitant, Sensible ou Enregistrement bas — avant même le bilan officiel.

Les observations cliniques

En parallèle du questionnaire, l’ergo observe l’enfant en situation de jeu libre et en situation de tâches orientées. Il regarde la posture, la façon de saisir les objets, les réponses aux stimulations tactiles, vestibulaires et proprioceptives. Ces observations ne peuvent pas être reproduites par un questionnaire seul — c’est pour ça qu’un bilan de qualité prend du temps et ne peut pas se faire en 45 minutes.

Ce que vous recevez à la fin

Un compte-rendu écrit détaillant le profil sensoriel de l’enfant, les systèmes concernés, et — c’est la partie qui m’a le plus aidée — une liste de préconisations pratiques pour la maison et pour l’école. Ce n’est pas abstrait. L’ergo de Lucas nous a dit concrètement : ce type de couverture lestée au moment du coucher, cet exercice proprioceptif avant les devoirs, éviter ce type d’éclairage dans la chambre. Des choses applicables dès le lendemain.

Les deux grands profils : hyposensible et hypersensible

La réalité est plus complexe, on l’a dit, mais pour commencer à s’orienter, ce tableau peut aider.

DomaineProfil hyposensible
(seuil haut → cherche des stimulations)
Profil hypersensible
(seuil bas → fuit les stimulations)
ToucherTouche tout, aime les contacts forts, ne sent pas les douleurs légèresSupporte mal les étiquettes, certaines textures, les contacts non anticipés
SonsParle fort, aime la musique à fort volume, semble ne pas entendre quand on l’appelleSe couvre les oreilles dans des environnements normaux, supporte mal les bruits soudains
Mouvement (vestibulaire)Cherche à tourner, sauter, se balancer en permanence, n’a jamais le mal des transportsÉvite les balançoires, les jeux physiques, a peur du vide, déstabilisé par les mouvements
Corps dans l’espace (proprioception)Cogne les autres et les meubles, appuie très fort sur le crayon, grimpe partoutGestes précautionneux et hésitants, tenue de crayon très faible, posture avachie
AlimentationApprécie les textures très marquées, le très chaud et le très froidNéophobie alimentaire marquée, rejet des textures molles ou des aliments mixtes
Régulation émotionnelleCherche des situations « intenses » pour se réguler, semble parfois imprudentCrises d’intensité forte face à des stimulations qui semblent anodines aux autres

La majorité des enfants présentent un profil mixte : hyposensible dans certains domaines, hypersensible dans d’autres. Lucas, par exemple, cherchait les contacts physiques intenses avec moi, mais les contacts non anticipés d’inconnus le mettaient hors de lui. Deux comportements apparemment contradictoires, qui avaient la même explication.

Pour approfondir, notre guide comprendre et accompagner un enfant hypersensible détaille les stratégies selon les profils.

Ce qu’on fait à la maison en complément

L’ergo est irremplaçable. Mais les séances, c’est une heure par semaine dans le meilleur des cas. Le reste du temps, c’est vous. Et c’est là que beaucoup de parents se sentent perdus — parce qu’on n’est pas thérapeute, on n’a pas de salle d’INS à la maison avec des balançoires et des piscines à billes.

Bonne nouvelle : vous n’en avez pas besoin. Ce que les ergo appellent la « diète sensorielle » — un programme individualisé de stimulations quotidiennes — peut se construire avec des objets du quotidien et quelques outils ciblés.

Pour un profil hypersensible

L’objectif est de réduire la charge sensorielle inutile et d’offrir des sorties de secours fiables quand le seuil est atteint. En pratique : identifier les déclencheurs principaux et les éviter quand c’est possible, créer un espace « refuge » dans la maison (peu de lumière, peu de bruit, matières douces). Une couverture lestée, par exemple, active le système proprioceptif de façon douce et régule le système nerveux — c’est une des interventions les plus documentées dans ce domaine. Pour aller plus loin sur l’aménagement sensoriel à la maison, notre article sur l’espace snoezelen à la maison donne des idées concrètes.

La prévisibilité est aussi cruciale. Un enfant hypersensible qui sait ce qui va se passer dans les prochaines heures est en permanence dans un état d’alerte moins élevé. Les routines visuelles, les plannings, les avertissements avant les transitions — tout ça compte énormément.

Pour un profil hyposensible

L’enfant a besoin de stimulations régulières pour que son système nerveux fonctionne à son optimal. Des objets à mâcher pour les enfants qui mordent, des anneaux sensoriels pour les doigts, des balles à presser pour les mains — ces outils permettent de canaliser la recherche de sensations sans perturber l’environnement. Notre article sur jouets et ergothérapie recense les outils que les ergo recommandent le plus souvent.

Avant les moments qui demandent de l’attention (devoirs, repas, dodo), une courte séquence d’activité proprioceptive peut faire une différence nette : sauter à la corde, pousser contre un mur, porter quelque chose de lourd. Ça semble paradoxal, mais ça régule le système nerveux bien mieux qu’une mise au calme forcée.

Quand la crise est déjà là

Quelle que soit la direction du profil, les moments de surcharge existent. Pour gérer une crise sensorielle en temps réel, l’article comprendre le meltdown et le shutdown autistique donne des repères clairs sur ce qu’il faut faire — et ne pas faire — pendant et après.

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Les outils que l’ergo de Lucas nous a recommandés, on les a trouvés ici.

Couvertures lestées, fidget toys, colliers à mâcher — tout ce qu’on utilise au quotidien pour la diète sensorielle de Lucas. Sélection faite par des parents, pas par un algorithme.

→ Voir les outils d’apaisement

En attendant le rendez-vous

Soyons clairs sur quelque chose que peu de gens vous diront d’emblée : les délais pour obtenir un bilan ergo spécialisé en INS en France sont souvent longs. Très longs. Selon la région et selon que vous êtes dans le public ou le privé libéral, vous pouvez attendre entre 3 et 18 mois. Paris, Lyon et les grandes métropoles sont un peu mieux loties, mais même là, il faut s’armer de patience.

Ce n’est pas une raison pour ne rien faire en attendant. Voici comment utiliser ce temps :

  • Tenez un journal des comportements. Notez les déclencheurs de crises, les contextes, l’heure de la journée, ce qui s’est passé avant. Ces observations vont être une mine d’or pour l’ergo au moment du bilan et vont en raccourcir la durée.
  • Parlez à l’école. Beaucoup d’enseignants ne connaissent pas l’INS, mais ils peuvent mettre en place des aménagements simples (place près de la porte, casque anti-bruit autorisé, ballon d’assise) sans attendre le compte-rendu officiel.
  • Commencez la diète sensorielle à l’intuition. Observez ce qui calme votre enfant et ce qui le surcharge. C’est de la donnée brute que vous affinerez avec l’ergo.
  • Vérifiez le remboursement. En cabinet libéral, l’ergothérapie n’est pas remboursée par la Sécurité Sociale. En revanche, votre mutuelle peut prendre en charge une partie selon votre contrat (poste « paramédical » ou « ergothérapie »). En structure spécialisée (CAMPS, CMP, SESSAD), les séances sont couvertes. La MDPH peut également intervenir selon le dossier de votre enfant.

Pour trouver un ergo spécialisé en INS près de chez vous, le site de l’ANFE (Association Nationale Française des Ergothérapeutes) dispose d’un annuaire. Pensez à demander explicitement si l’ergo est formé à l’INS — tous ne le sont pas, et ça change beaucoup.

4 idées reçues sur l’ergo qu’il faut arrêter de croire

1. « Il va s’en sortir tout seul avec l’âge. »

Parfois, oui — une partie des enfants compensent spontanément en vieillissant. Mais « compenser » ne signifie pas la disparition du profil — ça signifie que l’enfant dépense une énergie considérable à masquer ses difficultés. L’anxiété, l’épuisement post-école, les effondrements du soir — c’est souvent de la compensation qui s’évacue. Agir tôt, c’est éviter que votre enfant passe dix ans à dépenser son énergie en gestion de survie.

2. « L’ergo, c’est pour la motricité fine, pour écrire. »

L’ergothérapie couvre beaucoup plus que ça. Un ergo spécialisé en INS ne va pas « apprendre à écrire » à votre enfant — il va travailler sur le système nerveux sous-jacent qui rend l’écriture (et des dizaines d’autres activités quotidiennes) difficile. La motricité fine en est une conséquence, pas l’objet principal.

3. « Ça ne sert à rien sans diagnostic. »

C’est faux. Un ergo libéral peut vous recevoir sans ordonnance ni diagnostic. Le profil sensoriel existe indépendamment des étiquettes. Si votre enfant souffre de ses particularités sensorielles au quotidien, c’est suffisant pour consulter.

4. « C’est comme faire de la kiné. »

La kinésithérapie travaille sur le corps physique — muscles, articulations, motricité. L’ergothérapie en INS travaille sur la façon dont le système nerveux traite et intègre l’information. Ce sont deux disciplines complémentaires mais distinctes. Parfois les deux sont prescrites en même temps — pour des raisons différentes.

Questions fréquentes

Oui, absolument. Un ergothérapeute libéral peut vous recevoir sans ordonnance pour un premier bilan. Si vous souhaitez un remboursement par l’Assurance Maladie, une ordonnance d’un médecin est nécessaire, mais elle n’implique pas d’avoir un diagnostic formel. Un pédiatre peut prescrire un « bilan ergothérapique » sur la base des difficultés observées au quotidien.

Le plus tôt est généralement le mieux. Le Profil Sensoriel de Dunn 2 est validé à partir de 3 ans. Avant cet âge, certains ergo utilisent d’autres outils d’observation clinique. Il n’y a pas d’âge maximum non plus — des adolescents et des adultes font des bilans en INS et en tirent des bénéfices réels. L’intervention précoce reste toutefois un avantage, car la plasticité cérébrale est maximale dans les premières années.

En cabinet libéral, les tarifs varient entre 60 et 120 € selon les praticiens et les régions. Le bilan complet prend souvent 2 à 3 séances. La Sécurité Sociale ne rembourse pas les séances en libéral — en revanche, votre mutuelle peut prendre en charge une partie selon votre contrat (vérifiez le poste « paramédical » ou « ergothérapie »). En structure spécialisée (CAMPS, CMP, SESSAD), les séances sont prises en charge intégralement.

Les séances d’INS se font toujours par le jeu. L’ergo crée un environnement qui propose des défis sensoriels adaptés au profil de l’enfant — balançoires, tunnels, bacs de matières, parcours proprioceptifs. L’enfant choisit ses activités dans une certaine mesure, et l’ergo guide subtilement pour que les bonnes stimulations soient activées. Pour la plupart des enfants, c’est le moment le plus attendu de la semaine.

Tous les ergothérapeutes ont une formation de base en intégration sensorielle. Mais les ergo spécialisés en INS ont suivi des formations complémentaires longues (souvent 5 jours minimum, idéalement davantage) et ont une pratique clinique centrée sur ce cadre. La différence se voit dans la qualité du bilan, l’utilisation des bons outils d’évaluation (Dunn 2, observations cliniques codifiées) et la finesse des préconisations. Demandez explicitement sa formation en INS lors du premier contact.

Non — mais ils ne sont pas en concurrence non plus. L’ergo travaille en profondeur sur le traitement neurologique de l’information sensorielle. Les outils du quotidien, eux, gèrent les moments critiques : ils réduisent l’intensité des crises, aident à la régulation entre les séances, et permettent à l’enfant de traverser les situations difficiles avec moins de détresse. Les deux sont complémentaires. Beaucoup d’ergo recommandent d’ailleurs des outils spécifiques à utiliser à la maison entre les séances.

Ça dépend énormément du profil de l’enfant, de son âge, de ses autres accompagnements. En général, un suivi court (3 à 6 mois) peut déjà apporter des changements visibles. Beaucoup de familles continuent sur 1 à 2 ans avec des bilans intermédiaires pour ajuster les objectifs. Ce n’est pas un suivi à vie dans la majorité des cas : l’objectif est de donner à l’enfant les outils pour se réguler lui-même progressivement.

C’est plus courant qu’on ne le croit, surtout au début. Un bon ergo spécialisé en INS sait gérer les refus — il ne force jamais, il propose, il observe, il adapte. Si votre enfant refuse vraiment après plusieurs séances d’approche, parlez-en directement à l’ergo. Parfois le problème vient d’une incompatibilité de « feeling » — changer de praticien peut tout débloquer.

📚 Pour aller plus loin

Ce que j’aurais voulu qu’on me dise plus tôt

Rétrospectivement, les trois années qui ont précédé le bilan ergo de Lucas étaient remplies de stratégies qui ne fonctionnaient pas — parce qu’elles s’adressaient au comportement sans comprendre ce qui le générait. « Arrête de crier. Reste assis. Fais un effort. » Des injonctions que son système nerveux était physiquement incapable d’honorer.

Ce que le bilan nous a donné, ce n’est pas une liste de problèmes. C’est une carte. Une façon de lire les comportements de notre fils comme des signaux plutôt que comme des provocations. Ça n’a pas tout réglé du jour au lendemain — rien ne règle rien du jour au lendemain avec un enfant neurodivergent. Mais ça a changé la qualité de notre relation, parce que j’ai arrêté de me battre contre quelque chose que je ne comprenais pas.

Un soir, Lucas m’a dit — il avait 7 ans — « Maman, quand tu comprends pourquoi je crie, mon corps crie moins fort. »

Si vous êtes en train de lire ça à minuit avec l’inquiétude habituelle, sachez ceci : vous faites déjà quelque chose en cherchant à comprendre. Le reste viendra.

AL
Aurélie Leroux

Co-fondatrice de LeoBelo, maman de Lucas (TSA, 9 ans). Je partage ce que j’ai appris depuis le diagnostic — sans fioritures. En savoir plus sur Aurélie →

Note : Je suis co-fondatrice de LeoBelo et maman d’un enfant TSA — pas médecin, ni ergothérapeute, ni psychologue. Ce que je partage ici est issu de mon expérience personnelle et des retours de 487 familles de la communauté LeoBelo. Cet article ne remplace pas un bilan clinique ni l’avis d’un professionnel de santé. Si vous avez des doutes sur le développement de votre enfant, consultez votre pédiatre ou un spécialiste en intégration sensorielle. En savoir plus sur Aurélie Leroux →

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