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Dysphasie (trouble développemental du langage) chez l’enfant

⚡ En bref

La dysphasie s’appelle aujourd’hui trouble développemental du langage (TDL) : c’est le même trouble, l’Assurance Maladie utilise les deux mots.

Ce qui distingue un retard simple d’un trouble durable, ce n’est pas la gravité du moment mais la persistance : la HAS considère qu’une difficulté qui dure 3 à 6 mois justifie une évaluation médicale.

Le parcours commence toujours par le médecin de l’enfant et par une vérification de l’audition, avant le bilan orthophonique — qui se fait sur prescription.

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Aurélie Leroux

Fondatrice de LeoBelo • Maman de Lucas (TSA, TDAH, dysgraphie) • Ni médecin, ni ergothérapeute, ni psychologue • Ma page auteur

✓ Parcours de parent ✓ Sources citées ✓ Testé à la maison

TERMINOLOGIE

Dysphasie ou trouble développemental du langage : ce que le changement de nom veut dire

Vous avez sans doute tapé « dysphasie ». C’est le mot que les parents connaissent, celui qu’on entend en salle d’attente et qu’on lit dans les groupes de discussion. Et puis un professionnel vous parle de « TDL », un compte rendu mentionne un « trouble développemental du langage », et vous vous demandez si on vous parle bien du même enfant. Oui. Mêmes difficultés, même parcours de soin, même prise en charge. Seul le nom a changé, et il vaut la peine de comprendre pourquoi plutôt que de choisir un mot au hasard.

Ce que dit l’Assurance Maladie aujourd’hui

Sur ses pages destinées aux médecins, l’Assurance Maladie emploie l’expression trouble développemental du langage (TDL) et indique explicitement qu’il s’agit de l’appellation actuelle de ce qu’on appelait auparavant la dysphasie. Le TDL y est décrit comme un déficit précoce des compétences expressives — ce que l’enfant produit — et/ou réceptives — ce qu’il comprend. Il peut toucher un ou plusieurs domaines : la phonologie (les sons), le lexique (les mots), la morphosyntaxe (la construction des phrases), le discours (raconter), la pragmatique (l’usage social du langage).

Sur ses pages grand public, en revanche, le mot « dysphasie » est toujours là, dans le titre même de la rubrique. Les deux termes cohabitent donc dans la même institution. Personne ne vous corrigera si vous dites « dysphasie » au pédiatre, et personne ne vous parle d’autre chose si le compte rendu dit « TDL ».

D’où vient ce changement de nom

Il ne sort pas de nulle part. En 2017, une étude de consensus international appelée CATALISE, publiée par Bishop, Snowling, Thompson et Greenhalgh dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, a réuni des cliniciens et des chercheurs de plusieurs pays pour trancher une question devenue ingérable : le même enfant recevait des étiquettes différentes selon le pays, la discipline et l’école de pensée. Le consensus a retenu le terme developmental language disorder (DLD), traduit en français par trouble développemental du langage, lorsque les difficultés de langage ne s’expliquent pas par une cause biomédicale connue.

Deux précisions de ce consensus changent concrètement la vie des familles. D’abord, un trouble développemental du langage peut coexister avec un autre trouble du neurodéveloppement — un TDAH, par exemple — sans que cela remette en cause le diagnostic. Ensuite, il n’est pas nécessaire d’observer un écart entre les capacités verbales et non verbales de l’enfant pour poser le diagnostic. Historiquement, certains enfants se voyaient refuser une reconnaissance parce que leurs résultats non verbaux n’étaient pas « assez » supérieurs à leurs résultats verbaux. Ce critère-là est tombé.

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RÉFÉRENCE OFFICIELLETerminologie

L’Assurance Maladie décrit le trouble développemental du langage (TDL) comme l’appellation actuelle de l’ancienne dysphasie. Le consensus international à l’origine du terme est CATALISE phase 2, Bishop et coll., 2017, DOI 10.1111/jcpp.12721.

Où se situe le TDL parmi les troubles dys

L’Inserm situe l’ensemble des troubles spécifiques des apprentissages entre 5 et 7 % des enfants d’âge scolaire, avec des formes durables et sévères chez 1 à 2 % d’entre eux. Le trouble du langage oral fait partie de cette famille, aux côtés de la dyslexie, de la dysorthographie, de la dyscalculie et du trouble développemental de la coordination. Si vous découvrez ce vocabulaire, le panorama des troubles dys pose les repères de base avant d’entrer dans le détail.

Une chose me tient à cœur ici : je ne suis ni médecin, ni orthophoniste, ni psychologue. Je suis la mère de Lucas, qui a un TSA, un TDAH et une dysgraphie, et j’écris ce que j’ai mis des années à comprendre. Le jour où on m’a rendu un compte rendu plein de sigles, personne n’a pris trois minutes pour m’expliquer que deux mots pouvaient désigner la même chose. C’est exactement le genre de trois minutes que j’essaie de vous rendre ici.

Dans la suite de cette page, j’écris « dysphasie » et « trouble développemental du langage » indifféremment. Le premier parce que c’est celui que vous cherchez, le second parce que c’est celui que vous lirez sur les documents. Aucun des deux n’est une erreur.


LA DIFFÉRENCE

Retard de langage ou trouble durable : les signes qui font la différence

C’est la question qui empêche de dormir : est-ce qu’il est juste en retard, ou est-ce que quelque chose ne va pas ? Et c’est aussi la question à laquelle on vous répond le plus souvent par une phrase toute faite : « attendez, ça va venir ». Parfois c’est vrai. Souvent, même. Mais cette phrase n’est utile que si elle s’accompagne d’un rendez-vous de contrôle. Prononcée seule, elle vous fait perdre une année sans rien vous apprendre.

Trois situations que l’on confond, et qui ne sont pas la même chose

L’Assurance Maladie distingue clairement plusieurs tableaux, et la différence n’est pas cosmétique.

Retard de parole, retard de langage et dysphasie selon l’Assurance Maladie
Ce qu’on observeCe que c’estÉvolution décrite
Après 4-5 ans, l’enfant fait encore des erreurs normalement observées vers 3 ans : consonnes confondues, sons inversés, mots raccourcis. Isolément, il sait prononcer chaque son.Retard de parole« Disparaît généralement sans difficulté »
La première phrase apparaît après 3 ans, le « parler bébé » se prolonge, le vocabulaire reste limité, la syntaxe rudimentaire, le style télégraphique. La compréhension est relativement préservée.Retard de langage« Généralement favorable, mais quelquefois lente »
La structure même du langage est atteinte, en expression et souvent aussi en compréhension. Les difficultés résistent au temps et à la rééducation.Dysphasie / trouble développemental du langageTrouble « durable », évolution à long terme « très variable »

La ligne de partage n’est donc pas la gravité au moment où vous regardez votre enfant. C’est la durabilité et la résistance. Un retard simple récupère, avec ou sans aide. Un trouble développemental du langage persiste, et il touche la structure du langage, pas seulement la prononciation. L’Assurance Maladie précise d’ailleurs que la compréhension peut être atteinte, ce qui n’est en général pas le cas dans un retard de langage isolé.

Pourquoi personne ne peut trancher en une consultation

Personne, à 2 ans et demi, ne peut vous dire avec certitude de quel côté votre enfant se trouve. C’est vrai, et c’est même honnête de vous le dire. Mais on en tire souvent la mauvaise conclusion. « On ne peut pas savoir » ne veut pas dire « il n’y a rien à faire », cela veut dire « il faut regarder évoluer, en ayant commencé à aider ».

Le guide de la Haute Autorité de Santé sur le parcours des enfants avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages, publié en décembre 2017, pose un repère simple : toute difficulté qui persiste au bout de 3 à 6 mois, ou qui est d’emblée sévère, justifie une évaluation médicale sans tarder. Trois à six mois, ce n’est pas « on en reparle à la rentrée prochaine ».

Les recommandations de la HAS sur le repérage des troubles du neurodéveloppement vont dans le même sens et disent une chose qu’il faut retenir : l’évaluation « ne doit en aucun cas différer la mise en place des interventions précoces ». Autrement dit, on n’attend pas d’avoir un diagnostic posé pour commencer à aider. Le même texte fixe un délai souhaitable entre le repérage et l’intervention : il ne devrait pas dépasser 3 mois avant 18 mois, et 6 mois après.

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POINT DE VIGILANCELe coût réel d’une année d’attente

Attendre ne coûte rien si l’enfant récupère. Si c’est un trouble durable, l’année perdue est une année d’apprentissages en moins, de frustration en plus, et souvent l’entrée au CP avec un langage oral encore fragile — alors que le langage oral est le socle sur lequel se construit la lecture. La consultation, elle, ne coûte pas grand-chose : les examens de suivi médical de l’enfant sont pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais.

Ce que j’aurais aimé qu’on me dise

Avec Lucas, on nous a dit d’attendre. On a attendu. Je ne referais pas ce choix, non pas parce que les professionnels étaient de mauvaise foi — ils ne l’étaient pas — mais parce que personne n’avait fixé de date de revoyure. La bonne réponse à « attendons » n’est pas « non ». C’est : « D’accord, on attend combien de temps, et on se revoit quand ? » Notez la date dans votre téléphone en sortant du cabinet. Si rien n’a bougé à cette date, vous revenez, et cette fois vous demandez un bilan.


REPÈRES

Les repères officiels du langage par âge, et quand consulter sans attendre

Les repères qui suivent ne sont pas des moyennes trouvées sur un forum. Ce sont ceux publiés par l’Assurance Maladie sur ses pages consacrées aux troubles du langage oral de l’enfant. Je les reprends parce qu’ils sont officiels, français, et parce qu’ils sont formulés en signaux d’alerte : ils ne vous disent pas ce qu’un enfant « devrait » faire pour être normal, ils vous disent à partir de quand il faut en parler à un médecin.

Les repères officiels, âge par âge

Repères du développement du langage et signaux d’alerte — source : Assurance Maladie
ÂgeCe qui est attenduCe qui justifie de consulter
6 moisL’enfant réagit aux bruitsIl ne semble pas réagir aux bruits : un bilan auditif est nécessaire
18 moisBabillage, pointage du doigt, premières tentatives de motsAucune tentative de mot, absence de babillage, pas de pointage
2 à 3 ansAu moins 50 mots, deux mots associés pour faire une courte phrase, compréhension des consignes simplesMoins de 50 mots, pas de phrase à deux mots, compréhension défaillante
3 ansPhrases à trois éléments (sujet, verbe, complément) ; l’enfant est compris par son entouragePas de phrase à trois éléments, intelligibilité limitée à la famille proche
4 ansVocabulaire étendu, phrases bien construites, capacité à raconter un événement récent, intelligible pour des personnes extérieures à la familleVocabulaire restreint, prononciation défectueuse, bégaiement, absence d’intelligibilité pour l’extérieur
5 ansLangage oral correctement organisé et compréhension adéquateUn son est toujours manquant ou remplacé par un autre, même si l’enfant est intelligible
À tout âgeProgression continueStagnation ou régression du langage

Le repère que je trouve le plus utile : qui comprend votre enfant ?

Si je devais n’en garder qu’un, ce serait celui-là. À 3 ans, être compris par l’entourage proche suffit. À 4 ans, l’enfant doit être intelligible pour des personnes extérieures à la famille. Ce critère a un avantage énorme sur les autres : vous n’avez pas à le mesurer, il se teste tout seul. La boulangère, la voisine, l’animateur du centre de loisirs comprennent-ils ce que dit votre enfant sans que vous ayez à traduire ?

Quand on vit avec son enfant tous les jours, on développe sans s’en rendre compte un décodeur. On comprend « tato » pour gâteau, on complète les phrases, on devine à l’intonation. Ce décodeur est un formidable réflexe d’amour et un mauvais instrument de mesure. C’est pour ça que l’entrée en collectivité fait si souvent basculer les choses : quelqu’un qui n’a pas le décodeur vous dit ce que vous n’arriviez plus à voir.

Ces signaux ne disent pas de quoi il s’agit

C’est un point que l’Assurance Maladie souligne dans ses pages professionnelles, et qui évite beaucoup d’angoisse mal placée : ces indicateurs ne sont pas spécifiques. Un enfant qui ne parle pas à 2 ans peut avoir un trouble développemental du langage, mais il peut aussi avoir une baisse d’audition, un trouble du spectre de l’autisme, ou un trouble du développement intellectuel. Le repérage sert à déclencher une exploration, pas à poser une étiquette.

Concrètement : un signal d’alerte ne vous dit pas ce qu’a votre enfant. Il vous dit qu’il faut aller voir. Et la première chose que l’on ira vérifier, ce sont les oreilles — j’y reviens dans la section suivante, parce que c’est l’étape qu’on saute le plus souvent.

CE QUI MARCHELes rendez-vous que vous avez déjà

Il existe 20 examens de suivi médical obligatoires de la naissance à 16 ans révolus, dont plusieurs entre 2 et 6 ans : à 2 ans, 3 ans, 4 ans, 5 ans, puis à 6 ans. Ces consultations sont prises en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais. Vous n’avez donc pas besoin d’inventer une occasion : préparez trois exemples précis de ce que dit votre enfant, et amenez-les au rendez-vous suivant.

Comment préparer ce rendez-vous

  • Notez pendant une semaine des phrases exactes de votre enfant, telles qu’il les prononce. Pas « il parle mal », mais « il dit « tato » pour gâteau et « ate » pour attends ».
  • Comptez grossièrement son stock de mots si vous êtes autour de 2 ans. Le repère officiel est de 50 mots.
  • Testez la compréhension sans geste : demandez « va chercher tes chaussures » sans montrer la porte ni regarder les chaussures. Beaucoup d’enfants compensent par le contexte.
  • Demandez à quelqu’un d’extérieur si on comprend votre enfant, et écoutez la réponse sans la corriger.
  • Notez ce qui vous inquiète en plus du langage : sommeil, motricité, contact, jeu, comportement.

PARCOURS

Médecin, audition, orthophoniste : le parcours dans le bon ordre

Le parcours paraît compliqué parce qu’on vous le raconte rarement en entier. Il tient pourtant en une phrase : on part du médecin de l’enfant, on vérifie l’audition, on fait un bilan orthophonique sur prescription, et on ne monte vers des structures spécialisées que si la situation est complexe. Voilà l’ordre. Le sauter fait perdre du temps, pas en gagner.

Étape 1 — Le médecin de l’enfant, et personne d’autre pour commencer

Le guide de la Haute Autorité de Santé de décembre 2017 organise le parcours en trois niveaux. Le niveau 1, c’est le médecin de l’enfant — généraliste ou pédiatre : il fait l’anamnèse, l’examen clinique avec des outils de dépistage normés, prescrit les bilans, gère les situations simples et coordonne avec les rééducateurs et l’école. Le niveau 2 est une équipe pluridisciplinaire de proximité, pilotée par un médecin expert, qui confirme les diagnostics complexes et priorise les prises en charge. Le niveau 3 correspond aux Centres de Référence des Troubles du Langage et des Apprentissages, réservés aux situations très complexes : persistance d’un doute diagnostique, ou impact majeur malgré la rééducation.

Beaucoup de familles essaient d’attaquer directement au niveau 3, en cherchant le centre de référence de leur région. C’est compréhensible et c’est contre-productif : les délais y sont longs et les dossiers y sont adressés, pas déposés. Commencez en bas.

Étape 2 — L’audition, l’étape qu’on ne saute jamais

Le même guide HAS est explicite : la « vérification de l’absence d’un déficit visuel et/ou auditif » fait partie de l’examen clinique, et en cas de suspicion, un examen ORL ou ophtalmologique doit être réalisé avant de conclure à un trouble spécifique. Les recommandations de la HAS sur le repérage des troubles du neurodéveloppement demandent également de vérifier que les dépistages standard de l’audition et de la vision ont bien été faits.

Ce n’est pas une formalité administrative. Un enfant qui entend mal, même par intermittence, apprend mal à parler — et les otites séreuses à répétition, très fréquentes chez les jeunes enfants, ne font pas mal et ne se voient pas. J’insiste parce que c’est l’examen le plus facile à zapper : il n’est pas urgent, on a l’impression que « ça s’entendrait », et six mois passent. Faites-le tôt, même si vous êtes convaincu que votre enfant entend parfaitement. Si l’audition est normale, vous aurez éliminé la cause la plus simple à traiter, et le bilan orthophonique sera lu autrement.

Étape 3 — Le bilan orthophonique

Le bilan orthophonique se fait sur prescription médicale : c’est le médecin de l’enfant, généraliste ou pédiatre, en lien avec le médecin scolaire, qui prescrit le bilan puis les séances de rééducation. L’orthophoniste évalue le langage oral, le langage écrit et le calcul selon les cas, puis renvoie un compte rendu au médecin prescripteur. La fréquence des séances et la durée du traitement ne sont pas standard : elles sont adaptées à chaque enfant, selon le bilan initial et les progrès réalisés.

Côté argent, une chose à savoir : en cabinet libéral, les séances d’orthophonie sont prises en charge à 60 % par l’Assurance Maladie, le reste relevant de votre complémentaire santé. En revanche, dans les établissements et services spécialisés, les soins sont totalement remboursés, sans avance de frais. Si vous voulez savoir à quoi ressemble concrètement la séance de bilan, la page dédiée détaille comment se déroule un bilan orthophonique, ce qu’on y fait faire à l’enfant et ce que contient le compte rendu.

Étape 4 — Les structures, quand le libéral ne suffit pas

Les structures citées par l’Assurance Maladie
SiglePour qui
CAMSPDépistage et rééducation avant l’entrée à l’école primaire
CMPPEnfants de plus de 6 ans et adolescents jusqu’à 20 ans
CMPConsultations entièrement prises en charge par l’Assurance Maladie
SESSADIntervention à domicile et à l’école
CRTLACentres régionaux, diagnostic et prise en charge des situations complexes

Il existe par ailleurs les plateformes de coordination et d’orientation (PCO), destinées aux enfants de moins de 12 ans présentant des écarts de développement évoquant un trouble du neurodéveloppement. Sur adressage d’un médecin, elles ouvrent un forfait d’intervention précoce qui finance les interventions de professionnels non remboursés par ailleurs — ergothérapeutes, psychomotriciens, psychologues — à condition qu’ils soient conventionnés avec la plateforme. Ce forfait est versé pendant un an, prolongeable de six mois. C’est un dispositif conçu exactement pour la situation où l’on hésite encore sur le diagnostic. Pour identifier les professionnels et les structures près de chez vous, notre annuaire de spécialistes détaille aussi les étapes du parcours de diagnostic.


QUOTIDIEN

Communiquer au quotidien quand les mots manquent

Entre le premier rendez-vous et la première séance d’orthophonie, il se passe des semaines. Et pendant ces semaines, la vie continue : il faut s’habiller, manger, gérer les crises de frustration d’un enfant qui n’arrive pas à dire ce qu’il veut. C’est là que les parents se sentent le plus démunis, et c’est là qu’on leur donne le moins de choses concrètes. Voici ce qui est recommandé, et ce qui l’est moins.

Ce que l’Assurance Maladie conseille aux parents

🕐

Laisser le temps de répondre

Prenez le temps de l’écouter et laissez-lui le temps de répondre. Un enfant qui cherche ses mots a besoin de secondes de silence que nous comblons par réflexe.

🔁

Reformuler, pas corriger

Quand il se trompe, reprenez en prononçant correctement et reformulez en enrichissant ses paroles. Il entend le bon modèle sans passer par l’échec.

🗣️

Parler normalement

Utilisez un langage adapté à son âge, sans l’infantiliser. Un enfant qui parle peu n’est pas un enfant qui comprend peu.

🛁

Utiliser les moments ordinaires

Le bain, les repas, les jeux, les sorties : ce sont les occasions où l’enfant prend lui-même l’initiative de parler. Elles valent mieux qu’un exercice.

Ce qu’il vaut mieux éviter

La liste officielle est courte et vaut la peine d’être affichée sur le frigo. Ne forcez pas votre enfant à parler. Ne le punissez pas pour ses difficultés. Ne le comparez pas aux autres enfants ni à sa fratrie. N’adoptez pas d’attitude culpabilisante ou humiliante. Et ne lui faites pas répéter ses erreurs.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il va contre notre intuition. « Répète après moi » part d’une bonne intention et produit souvent l’inverse : l’enfant refait l’erreur, l’entend, et associe la parole à un moment désagréable. Reformuler fait le même travail, sans l’échec. Vous dites « tato », je réponds « oui, un gâteau, tu veux le gâteau au chocolat ? » Il a entendu le bon mot, deux fois, dans une phrase, sans qu’on lui demande quoi que ce soit.

Les supports visuels et la communication alternative

C’est la peur que j’entends le plus souvent : « si je lui donne des images, il n’aura plus besoin de parler ». Je l’ai eue aussi. Elle est compréhensible, et elle n’est pas fondée.

La plateforme d’État Maison de l’autisme, qui porte l’information publique sur ces sujets, l’écrit noir sur blanc à propos de la communication alternative et améliorée (CAA) : « La CAA ne remplace pas le langage oral. Au contraire, elle peut favoriser son développement. » La même page pose aussi la limite honnête : aucune intervention ne garantit l’apparition du langage verbal. Les deux phrases vont ensemble, et c’est précisément ce qui les rend crédibles.

Concrètement, les supports visuels rendent trois services immédiats, avant même d’être un outil de langage. Ils réduisent les crises de frustration, parce que l’enfant obtient ce qu’il demande. Ils rendent la journée prévisible, ce qui abaisse le niveau d’anxiété. Et ils donnent à l’enfant l’expérience de l’effet de la communication : je désigne, il se passe quelque chose. C’est cette expérience-là qui donne envie de continuer à communiquer, quel que soit le canal.

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MON CONSEIL DE MAMANAvec Lucas

Ce qui a le plus changé chez nous, ce n’est pas un outil, c’est une décision : arrêter de deviner. Quand je devinais tout, Lucas n’avait aucune raison de faire l’effort. J’ai commencé à attendre trois secondes de plus, à proposer deux choix concrets plutôt qu’une question ouverte — « de l’eau ou du jus ? » plutôt que « tu veux quoi ? » — et à accepter n’importe quel canal comme réponse valable : un mot, un geste, une image, un regard vers le verre. Trois secondes de silence, c’est très long quand on est parent. C’est ce que ça m’a coûté de plus dur.

Ce qui aide sans y penser

  • Deux choix plutôt qu’une question ouverte. « Tu veux quoi pour le goûter ? » demande d’aller chercher un mot en mémoire. « Pomme ou banane ? » donne le mot à recycler.
  • Les livres à images, tous les jours, sans obligation de parler. Le vocabulaire entre par l’écoute bien avant de sortir par la bouche.
  • Les comptines et les chansons. Le rythme et la répétition soutiennent la production, et l’enfant peut n’en dire que le dernier mot de chaque ligne.
  • Se mettre à sa hauteur, face à lui. Voir la bouche qui articule fait partie de l’apprentissage.
  • Multiplier les interlocuteurs. L’Assurance Maladie recommande de favoriser les contacts avec des personnes extérieures au quotidien de l’enfant.

ÉCOLE

L’école : maternelle, primaire et troubles souvent associés

L’école est souvent l’endroit où le trouble se voit enfin, et l’endroit où il fait le plus mal. En maternelle, un enfant qui parle peu passe parfois pour timide, sage ou rêveur. Au CP, l’écart devient impossible à ignorer, parce que c’est là que le langage oral sert de fondation à autre chose : la lecture.

Maternelle : parler est la matière principale

En petite et moyenne section, presque tout passe par l’oral : les consignes collectives, les histoires, les jeux, les conflits de cour. Un enfant avec un trouble du langage peut y paraître dissipé alors qu’il n’a simplement pas compris la consigne, ou trop calme parce qu’il a renoncé à demander. Les deux profils sont fréquents et les deux passent sous les radars pour des raisons opposées.

Ce que vous pouvez demander à ce stade est simple et ne nécessite aucun dossier : que la consigne collective lui soit reformulée individuellement, qu’on vérifie qu’il a compris plutôt qu’on vérifie qu’il a répondu, qu’on lui laisse le temps de finir ses phrases, et qu’on ne l’oblige pas à parler devant le groupe s’il n’y est pas prêt. L’Assurance Maladie rappelle d’ailleurs que l’école peut mobiliser le RASED, des aménagements pédagogiques simples, une aide humaine, et pour les situations les plus lourdes une ULIS.

Primaire : le lien avec la lecture

C’est le point que je voudrais que vous reteniez de cette section. L’Inserm indique qu’« un trouble du langage oral sera suivi d’un risque de trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture dans plus de 50 % des cas ». Plus d’une fois sur deux, donc, un trouble du langage oral se prolonge par une difficulté d’apprentissage de la lecture.

Ce chiffre n’est pas une condamnation, et il ne dit pas que votre enfant sera dyslexique. Il dit deux choses utiles. D’abord, que la surveillance ne s’arrête pas quand la parole s’améliore : le CP et le CE1 sont des moments de vigilance, même si l’oral va mieux. Ensuite, qu’il vaut mieux savoir à quoi ressemblent les premiers signes plutôt que de les découvrir en fin de CE1 — c’est ce que détaille notre page sur la dyslexie chez l’enfant.

L’Inserm ajoute que dans près de 40 % des cas, un enfant concerné par un trouble spécifique des apprentissages présente plusieurs troubles. Trouble du langage, trouble de la coordination, déficit d’attention : ils voyagent souvent ensemble. C’est aussi ce que rappelle le consensus international de 2017, qui accepte explicitement qu’un trouble développemental du langage coexiste avec un TDAH.

PAP, PPS : quel document pour quelle situation

Le plan d’accompagnement personnalisé (PAP) est défini par la circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015, en application des articles L. 311-7 et D. 311-13 du code de l’éducation. Il s’adresse aux élèves dont les difficultés scolaires durables ont pour origine un ou plusieurs troubles des apprentissages, du premier comme du second degré. Point important pour vous : le constat du trouble est fait par le médecin de l’éducation nationale ou par le médecin qui suit l’enfant. Le PAP peut être demandé par les parents, et il ne passe pas par la MDPH.

Le projet personnalisé de scolarisation (PPS), lui, concerne les élèves dont la situation relève d’une décision de la commission des droits et de l’autonomie, c’est-à-dire d’une reconnaissance au titre du handicap. C’est la voie MDPH, plus longue, mais c’est celle qui ouvre l’accompagnement humain et certains droits. Pour la mécanique concrète de ces dossiers, les délais et les recours possibles, voyez notre page sur les aménagements scolaires pour les élèves dys.

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À RETENIRNe pas confondre les deux portes

Le PAP se demande à l’école et repose sur un constat médical. Le PPS passe par la MDPH et repose sur une reconnaissance de handicap. Beaucoup de familles perdent une année à frapper à la mauvaise porte. Si vous ne savez pas laquelle, posez la question au médecin scolaire : c’est exactement son rôle, et le rendez-vous ne coûte rien.

Ce que je dirais à la réunion de rentrée

Pas de diagnostic dans la première phrase. Une description, un besoin, une proposition. Quelque chose comme : « il comprend mieux quand la consigne lui est redite en une phrase courte, il a besoin de quelques secondes pour répondre, et il est suivi en orthophonie. Est-ce qu’on peut se donner un point d’étape à la Toussaint ? » Ça tient en trente secondes, ça ne met personne en défaut, et ça pose une date. Les dates, en matière de troubles dys, sont ce qui protège le mieux les enfants de l’attentisme.


?Dysphasie et trouble développemental du langage, est-ce la même chose ?

Oui. L’Assurance Maladie indique sur ses pages destinées aux médecins que le trouble développemental du langage, ou TDL, est l’appellation actuelle de ce que l’on appelait auparavant la dysphasie. Le changement vient d’un consensus international publié en 2017 par Bishop et ses collègues dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry. Le mot dysphasie reste utilisé sur les pages grand public de l’Assurance Maladie, parce que c’est celui que les familles connaissent. Vous pouvez employer l’un ou l’autre sans risque de malentendu.

?Mon enfant a 3 ans et ne fait pas de phrases : faut-il s’inquiéter ?

L’Assurance Maladie indique qu’à 3 ans, on attend des phrases à trois éléments, c’est-à-dire un sujet, un verbe et un complément, et que l’enfant soit compris par son entourage. L’absence de phrase à trois éléments à cet âge figure parmi les signaux qui justifient de consulter. Cela ne signifie pas que votre enfant a un trouble durable : ces signaux ne sont pas spécifiques et peuvent aussi renvoyer à une baisse d’audition ou à un autre trouble du neurodéveloppement. Le bon réflexe est d’en parler au médecin de votre enfant, pas de trancher seul.

?Pourquoi faut-il faire un bilan auditif avant de parler de dysphasie ?

Parce qu’un enfant qui entend mal apprend mal à parler, et que les baisses d’audition de l’enfant sont souvent silencieuses et intermittentes. Le guide de la Haute Autorité de Santé de décembre 2017 demande de vérifier l’absence d’un déficit auditif ou visuel lors de l’examen clinique, et de réaliser un examen ORL en cas de suspicion avant de conclure à un trouble spécifique. Les recommandations de la HAS sur le repérage des troubles du neurodéveloppement demandent également de vérifier que les dépistages standard de l’audition et de la vision ont été faits. C’est l’examen le plus simple à obtenir et celui qu’on saute le plus souvent.

?Le bilan orthophonique est-il remboursé ?

Le bilan et la rééducation orthophoniques se font sur prescription médicale, délivrée par le médecin de l’enfant. En cabinet libéral, l’Assurance Maladie indique que les séances sont prises en charge à 60 %, le reste relevant de votre complémentaire santé. Dans les établissements et services spécialisés, comme les CAMSP ou les CMPP, les soins sont totalement remboursés et sans avance de frais. Par ailleurs, les examens de suivi médical de l’enfant, qui sont l’occasion d’aborder le sujet avec le médecin, sont pris en charge à 100 % sans avance de frais.

?Les pictogrammes risquent-ils d’empêcher mon enfant de parler ?

C’est la crainte la plus répandue et elle n’est pas fondée. La plateforme d’État Maison de l’autisme écrit que la communication alternative et améliorée ne remplace pas le langage oral et qu’au contraire elle peut favoriser son développement. La même source précise honnêtement qu’aucune intervention ne garantit l’apparition du langage verbal. En pratique, les supports visuels réduisent surtout la frustration et donnent à l’enfant l’expérience que communiquer produit un effet, ce qui est le moteur de tout le reste.

?Un trouble du langage oral annonce-t-il des difficultés en lecture ?

Souvent, oui, sans que ce soit systématique. L’Inserm indique qu’un trouble du langage oral sera suivi d’un risque de trouble spécifique des apprentissages avec déficit en lecture dans plus de 50 % des cas. L’Inserm précise aussi que dans près de 40 % des cas, un enfant concerné par un trouble spécifique des apprentissages présente plusieurs troubles associés. Concrètement, cela veut dire qu’il faut rester attentif au CP et au CE1 même si la parole s’est nettement améliorée, et ne pas relâcher la surveillance parce que l’oral va mieux.



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Je ne suis ni médecin, ni orthophoniste, ni psychologue. Je suis la mère de Lucas, qui a un TSA, un TDAH et une dysgraphie, et j’ai passé des années à recoller des informations que personne ne prenait le temps de m’expliquer en entier. Cette page est ce que j’aurais voulu lire au début : les mots officiels, les repères vérifiables, et l’ordre dans lequel faire les choses.

Si vous ne deviez retenir qu’une chose, ce serait de transformer « attendons » en « on se revoit quand ? ». Vous n’avez pas besoin d’un diagnostic pour poser une date, et une date est ce qui vous protège le mieux d’une année perdue. Consulter tôt ne vous engage à rien, et n’abîme rien. Attendre longtemps, parfois, si.

« Attendons » n’est utile que si on fixe la date du prochain rendez-vous.

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Soutenir le langage à la maison, sans transformer la maison en cabinet

Des livres et des applications choisis par tranche d’âge, pour donner à votre enfant du vocabulaire par l’écoute et par le plaisir, en attendant ou en complément d’un suivi.

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Rappel : cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de difficulté, rapprochez-vous de votre médecin, d’un·e ergothérapeute ou orthophoniste.

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