La dysorthographie : le trouble de l’orthographe qui fait perdre des points partout
La dysorthographie est un trouble spécifique de l’orthographe et de la production écrite : elle est très souvent associée à la dyslexie, mais elle n’a rien à voir avec la dysgraphie, qui touche le geste d’écriture.
Le diagnostic ne peut pas être confirmé avant la fin du CE1 ; il passe par le médecin de l’enfant, qui prescrit le bilan orthophonique.
C’est le PAP qui transforme la bonne volonté d’un enseignant en obligation : le formulaire national contient une case « n’évaluer l’orthographe que si c’est l’objet de l’évaluation », et elle ne s’applique que si elle est cochée.
REPÈRES
La dysorthographie dans un cahier : ce qu’on voit, et ce qu’on ne voit pas
Un cahier d’enfant dysorthographique ne ressemble pas à un cahier bâclé. C’est même souvent l’inverse : l’écriture est appliquée, la marge est respectée, on sent l’effort dans la pression du stylo. Et puis il y a les mots. Un même mot écrit de deux façons différentes dans la même page. Un accord qui saute alors que la règle a été récitée sans erreur, à voix haute, dix minutes plus tôt. Une phrase de six mots là où l’enfant en avait vingt à dire.
La dysorthographie est un trouble spécifique des apprentissages qui touche l’orthographe et la production écrite. L’Inserm la définit comme un trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l’expression écrite et précise qu’elle est très souvent associée à la dyslexie. Elle appartient à la même famille que la dyslexie, la dyscalculie, la dysphasie ou la dyspraxie : des troubles neurodéveloppementaux durables, qui ne s’expliquent ni par un déficit intellectuel, ni par un problème de vue ou d’audition, ni par un défaut d’enseignement.
Une précision de vocabulaire tout de suite, parce qu’elle revient dans toutes les conversations de couloir. L’Inserm situe l’ensemble des troubles spécifiques des apprentissages entre 5 et 7 % des enfants d’âge scolaire, et rappelle par ailleurs que 15 à 20 % des enfants sont confrontés, à un moment, à des difficultés d’apprentissage et scolaires. Ce ne sont ni les mêmes enfants ni les mêmes chiffres. Toutes les difficultés d’orthographe ne sont pas une dysorthographie : c’est exactement pour cela qu’un bilan sert à quelque chose.
Écrire un mot juste demande deux choses en même temps
Pour poser un mot correct sur une ligne, un enfant doit mener deux opérations qui n’ont pas grand-chose à voir entre elles. La première : transcrire ce qu’il entend, découper le mot en sons, choisir pour chaque son la lettre ou le groupe de lettres qui convient. La seconde : se souvenir de la forme du mot, celle qui ne s’entend pas. Le s de « temps », le d de « grand », les deux m de « comme ».
Et par-dessus, il faut appliquer les accords, qui en français ne s’entendent presque jamais. « Les enfants jouent » et « l’enfant joue » se prononcent exactement pareil. L’oreille ne sert à rien : il faut avoir analysé la phrase, retrouvé le sujet, décidé du nombre, et se souvenir de tout cela le temps d’arriver au bout du verbe.
Chez l’enfant dysorthographique, au moins une de ces opérations ne s’automatise pas. Elle reste coûteuse, année après année, alors qu’elle devrait devenir un réflexe. C’est la définition même d’un trouble spécifique : ce n’est pas que l’enfant n’a pas appris, c’est que ce qu’il a appris ne se range pas.
Les erreurs qui reviennent
L’Assurance Maladie décrit trois types d’erreurs caractéristiques des troubles du langage écrit :
- des difficultés à transcrire des mots qui se prononcent pareillement mais s’écrivent différemment : ver, verre, vers, vert ;
- des confusions de genre et de nombre, des accords qui manquent ou qui se posent au mauvais endroit ;
- des erreurs de syntaxe qui rendent la phrase difficile à suivre, avec des mots oubliés ou dans le désordre.
Deux signes s’y ajoutent, que les parents repèrent souvent avant l’école. L’instabilité d’abord : le même mot écrit de trois façons dans le même devoir, ce qui montre bien qu’il n’y a pas une règle fausse installée, mais une forme qui ne tient pas en mémoire. Le décalage entre copier et produire ensuite : l’enfant recopie correctement le tableau, et se trompe dès qu’il doit écrire lui-même.
Le vrai coût n’est pas dans les fautes
Voilà ce qu’on ne voit pas quand on corrige une copie. Un enfant qui sait qu’il écrit mal arbitre en permanence. Il veut écrire « magnifique », il ne sait plus où se logent le g et le n, alors il écrit « beau ». Il a une idée qui tient en trois lignes, il sait que trois lignes c’est trois lignes de risque, alors il en écrit une. Il ralentit, il rature, il recommence, et le temps passe pendant que les autres avancent.
Résultat : l’enseignant lit un texte pauvre et note une pauvreté du vocabulaire, alors qu’il faudrait lire une stratégie de survie. L’enfant n’a pas moins d’idées. Il a moins de moyens de les poser. C’est ce mécanisme qui rend la dysorthographie si punitive : elle ne coûte pas seulement des points en dictée, elle appauvrit tout ce que l’enfant rend, dans toutes les matières, y compris celles qu’il aime.
Dans son dossier sur les troubles spécifiques des apprentissages, l’Inserm décrit la dysorthographie comme un trouble spécifique des apprentissages avec déficit de l’expression écrite, très souvent associé à la dyslexie, et situe l’ensemble de ces troubles entre 5 et 7 % des enfants d’âge scolaire. Voir le dossier Inserm
FRONTIÈRES
Dysorthographie, dysgraphie, dyslexie : qui est qui
Trois mots qui se ressemblent, trois troubles différents, et une confusion permanente, y compris dans les réunions d’école. C’est probablement la partie la plus utile de cette page, parce que se tromper de trouble, c’est se tromper de professionnel, se tromper d’aménagement, et perdre une année.
| Trouble | Ce qui est atteint | Ce qu’on voit sur le cahier | Vers qui on se tourne |
|---|---|---|---|
| Dysorthographie | L’orthographe et la production écrite | Une écriture lisible, mais des mots mal orthographiés, des accords absents, des textes très courts | Bilan orthophonique, sur prescription médicale |
| Dysgraphie | Le geste d’écriture lui-même | Un tracé irrégulier, une main qui fatigue et qui fait mal, une lenteur extrême, parfois de l’illisible | Ergothérapeute, psychomotricien, avec le médecin de l’enfant |
| Dyslexie | La lecture et le décodage | Une lecture lente et hésitante, des mots devinés, une compréhension qui s’effondre quand le texte s’allonge | Bilan orthophonique, sur prescription médicale |
La dysgraphie, c’est la main qui ne suit pas
Chez nous, c’est la dysgraphie. Lucas peut vous épeler un mot sans hésiter et vous le rendre illisible sur le papier deux minutes plus tard. Ce n’est pas l’orthographe qui coince, c’est le trajet entre l’intention et le tracé : la tenue du stylo, la pression, la taille des lettres, la ligne qui n’est pas suivie, et cette main qui chauffe au bout d’un quart d’heure.
La dysgraphie est un trouble du geste. L’Inserm la rattache aux difficultés d’automatisation des gestes volontaires, dont l’écriture fait partie. Un enfant dysgraphique peut avoir une orthographe irréprochable. Un enfant dysorthographique peut avoir une écriture nette et régulière. Les deux se rencontrent souvent ensemble, mais ce sont deux problèmes distincts, et surtout deux rééducations distinctes : l’un ira voir un ergothérapeute ou un psychomotricien, l’autre un orthophoniste. Si c’est ce versant-là que vous cherchez, j’ai détaillé les solutions pour les devoirs sur la page consacrée à la dysgraphie et les devoirs.
La dyslexie, c’est le décodage
La dyslexie touche l’entrée : lire un mot, c’est-à-dire associer des signes écrits à des sons. L’Inserm parle d’une mauvaise association entre graphèmes et phonèmes, l’enfant déchiffrant lentement et faisant des erreurs. La dysorthographie touche la sortie : produire le mot écrit. Un enfant peut lire correctement et écrire très mal.
La confusion vient de ce que les deux troubles reposent en partie sur le même matériau, le lien entre les sons et les lettres. C’est pour cela que l’Inserm indique que la dysorthographie est très souvent associée à la dyslexie. Dans beaucoup de dossiers, les deux mots apparaissent ensemble, et le bilan orthophonique regarde les deux versants dans le même rendez-vous. Le détail des signes de lecture, âge par âge, je l’ai mis sur la page consacrée à la dyslexie de l’enfant.
Pourquoi une dysorthographie seule passe sous les radars
Voilà le scénario que je vois revenir le plus souvent. L’enfant lit correctement. Il lit même avec plaisir. Personne ne s’inquiète, parce que la lecture est l’alarme que l’école écoute en premier. Et pendant ce temps, ses écrits sont truffés d’erreurs, ses dictées sont catastrophiques, ses rédactions font quatre lignes. On met cela sur le compte de l’étourderie, du manque de relecture, du fait qu’il ne revoit pas ses leçons.
Ce sont ces enfants-là qui sont repérés le plus tard, parfois au collège seulement, quand l’écart devient impossible à masquer. Si votre enfant lit bien et écrit mal, ne laissez pas la lecture rassurer tout le monde. C’est un motif de bilan à part entière.
Ce que la distinction change concrètement
Dysgraphie
On travaille le geste, on soulage la main, on passe au clavier pour les textes longs. Retirer des points pour le soin n’a aucun sens.
Dysorthographie
On travaille l’orthographe en orthophonie, on autorise le correcteur, et on cesse de noter l’orthographe dans les matières qui n’évaluent pas l’orthographe.
Dyslexie
On adapte les supports, on allège la quantité à lire, on oralise les consignes, on donne du temps.
Un enfant peut cumuler les trois. Un bilan orthophonique explore le langage écrit, pas le geste graphique : si la main fait mal et que le tracé est chaotique, il faut une évaluation complémentaire, ergothérapeute ou psychomotricien. Demandez-le explicitement, sinon la question ne sera pas posée.
SIGNES
Les signes selon le niveau scolaire, et ce qui distingue un trouble d’un manque de travail
La dysorthographie ne se voit pas au même endroit selon l’âge. Au CP, tout le monde écrit mal. Au collège, tout le monde a le droit d’être fatigué. Entre les deux, il y a une fenêtre où les signes deviennent lisibles, à condition de savoir quoi regarder.
Un point de calendrier d’abord, parce qu’il évite beaucoup d’angoisse inutile. L’Assurance Maladie indique que le diagnostic ne peut pas être confirmé avant la fin de l’année de CE1, moment où la majorité des enfants maîtrisent les bases de la lecture et de l’écriture. Avant, on observe, on soutient, on adapte la classe si besoin. On ne conclut pas. Cela ne veut pas dire qu’il faille attendre pour consulter : le rendez-vous chez le médecin, lui, peut être pris bien avant.
| Niveau | Signes à regarder |
|---|---|
| Grande section et CP | Difficulté à entendre les sons dans les mots, à dire ce qui rime, à découper un mot en syllabes. Confusion durable entre des lettres qui se ressemblent à l’oreille. On observe, on ne diagnostique pas. |
| CE1 et CE2 | Les mots outils les plus simples restent instables. La dictée est un désastre alors que la leçon a bien été apprise. L’enfant écrit le même mot de plusieurs façons dans la même page. |
| CM1 et CM2 | Les accords ne se posent pas, même quand la règle est récitée correctement. La production écrite est très courte. Le vocabulaire écrit est très en dessous du vocabulaire oral. |
| Collège | L’orthographe fait perdre des points en histoire, en SVT, en langues. Les copies sont incomplètes faute de temps. L’élève évite d’écrire, rend des devoirs vides, ou ne rend pas. |
Le critère qui tranche : l’écart entre l’oral et l’écrit
C’est le signe le plus robuste, et le plus simple à vérifier à la maison. Posez la question à l’oral. Faites raconter. Si l’enfant vous restitue la leçon d’histoire avec des détails, des dates, des liens de cause à effet, et qu’il vous rend ensuite trois lignes indigentes sur la même leçon, le problème n’est pas la leçon. Le problème est le canal.
Faites le test autrement : demandez-lui d’épeler à voix haute un mot qu’il vient d’écrire faux. Beaucoup d’enfants dysorthographiques le disent juste. Ils savent. Ce n’est pas la connaissance qui manque, c’est l’accès à cette connaissance au moment précis où la main écrit, pendant que la tête tient aussi la phrase, l’idée, la ponctuation et le temps qui reste.
Ce qui distingue un trouble d’un manque de travail
La question est légitime, tous les parents se la posent, et beaucoup d’enseignants aussi. Voici les éléments qui pèsent vraiment.
- La durée. Un manque de travail se corrige quand on travaille. Un trouble spécifique résiste à l’enseignement adapté, mois après mois. C’est ce caractère durable que l’Inserm met en avant.
- L’écart avec le reste. L’enfant est à l’aise à l’oral, en calcul mental, en raisonnement, et décroche uniquement dès qu’il faut écrire.
- L’effort visible. Il travaille, il révise, il apprend ses règles, et le résultat ne bouge pas. C’est le point le plus injuste, et le plus révélateur.
- L’instabilité des erreurs. Un enfant qui a mal appris fait toujours la même faute au même endroit. Un enfant dysorthographique fait des fautes différentes sur le même mot.
- Le coût émotionnel. Maux de ventre le jour de la dictée, refus d’écrire, phrases sur soi qui font mal à entendre.
Aucun de ces éléments ne vaut diagnostic pris isolément. Ensemble, ils justifient largement un rendez-vous chez le médecin de votre enfant.
Le piège des étiquettes maison
Attention aux conclusions rapides, dans les deux sens. Un enfant lent n’est pas forcément dysorthographique. Un enfant qui fait des fautes en CE1 non plus. À l’inverse, un élève sage, poli, qui rend des devoirs propres et courts et qui a douze de moyenne partout peut très bien avoir une dysorthographie que personne n’a jamais nommée. Le silence n’est pas un signe de santé : c’est souvent le signe d’un évitement très bien organisé.
Et méfiez-vous d’une phrase en particulier, celle qui revient chaque année : « il va se débloquer ». Parfois, oui. Mais un enfant qui ne s’est pas débloqué en deux ans d’efforts réguliers ne se débloquera pas la troisième par la seule force du temps.
Avant le premier rendez-vous, photographiez cinq productions écrites datées, et notez à côté ce que l’enfant vous a dit du même sujet à l’oral. Ce petit dossier vaut mieux que n’importe quel résumé verbal. Il montre l’écart, il montre la durée, et il évite la conversation où l’on vous répond que ça va s’arranger tout seul.
DIAGNOSTIC
Le diagnostic et la rééducation : ce qu’on peut espérer, et ce qui ne se guérit pas
Le parcours a un ordre, et le suivre fait gagner des mois. Beaucoup de familles commencent par appeler directement un orthophoniste, se retrouvent sur une liste d’attente longue, et découvrent au bout de plusieurs mois qu’il manquait une ordonnance.
Par où ça commence vraiment
- Le médecin de l’enfant. Généraliste ou pédiatre. C’est lui qui reçoit, qui examine, qui écarte ce qui doit l’être — la vue et l’audition en premier — et qui prescrit. L’Assurance Maladie rappelle que les séances en cabinet libéral se font sur prescription médicale.
- Le bilan orthophonique. Il ne se contente pas de dire oui ou non. Il définit la sévérité et les caractéristiques du trouble du langage écrit, et c’est ce contenu-là qui servira ensuite à construire les aménagements. Un bilan qui conclut en trois lignes ne vous aidera pas à l’école.
- Le médecin de l’Éducation nationale. Il intervient du côté scolaire, notamment pour le plan d’accompagnement personnalisé, dont il constate ou confirme les troubles. Il peut aussi orienter.
- Les situations complexes. La Haute Autorité de santé décrit un parcours gradué en trois niveaux : les situations simples suivies en ville, les situations complexes prises en charge par une équipe pluridisciplinaire spécialisée, et les situations très complexes orientées vers les centres de référence des troubles du langage et des apprentissages, en milieu hospitalier universitaire.
Si votre enfant cumule plusieurs troubles, ou si le tableau ne ressemble à rien de simple, ce troisième niveau existe. Il faut le demander explicitement, et il faut s’armer de patience.
La rééducation : ce qu’on peut honnêtement espérer
Je vais être franche sur un point où beaucoup de contenus racontent n’importe quoi. Il n’existe pas de durée standard. L’Assurance Maladie écrit noir sur blanc que la fréquence des séances et la durée du traitement sont adaptées à chaque cas, en fonction du bilan initial et des progrès constatés. Personne ne peut vous dire honnêtement combien de séances il faudra, ni promettre un résultat à telle échéance. Si on vous annonce un chiffre, demandez sur quoi il repose.
Ce que dit l’Inserm est en revanche clair sur la direction : la prise en charge permet d’améliorer et de compenser les fonctions déficientes. Améliorer et compenser. Pas effacer. C’est une nuance qui change tout, y compris dans la manière dont on en parle à l’enfant.
Ce qui se travaille vraiment, c’est double. D’un côté, l’orthophonie reprend ce qui peut encore s’installer : les correspondances entre sons et lettres, les régularités de la langue, les stratégies de relecture. De l’autre, on met en place la compensation, qui ne dépend d’aucun progrès et fonctionne dès le premier jour : clavier, correcteur, restitution orale, allègement de la quantité d’écrit.
Ce qui ne se guérit pas, et pourquoi ce n’est pas une mauvaise nouvelle
La dysorthographie est un trouble durable. Un adulte dysorthographique reste dysorthographique. Ce qui change, avec la rééducation et avec les outils, c’est le coût : les stratégies deviennent plus efficaces, certaines formes finissent par s’installer, et la compensation prend le relais là où l’automatisation ne viendra pas.
Je sais que cette phrase fait mal à lire la première fois. Elle est pourtant beaucoup plus utile que la promesse inverse. Un enfant à qui l’on répète que ça passera s’il travaille davantage finit par conclure, vers douze ans, qu’il n’a pas assez travaillé. Un enfant à qui l’on explique qu’il a un fonctionnement particulier, qu’on va l’outiller, et qu’un correcteur orthographique n’est pas de la triche mais une béquille légitime, celui-là continue d’écrire. Et continuer d’écrire est, très concrètement, la condition de tout le reste.
Le coût, sans langue de bois
L’orthophonie est le soin le mieux couvert de tout le parcours dys. L’Assurance Maladie précise que les séances d’orthophonie en cabinet de ville, sur prescription médicale, sont prises en charge à 60 %, le reste relevant en général de la complémentaire santé. Dans les structures spécialisées de type CAMSP, CMP ou CMPP, la prise en charge est intégrale.
Là où ça coince, c’est ailleurs : les séances d’ergothérapie et de psychomotricité en cabinet privé ne sont pas remboursées par l’Assurance Maladie. Si le geste graphique est aussi en cause, ce poste peut peser lourd, et c’est l’un des motifs pour lesquels des familles se tournent vers la MDPH.
Prescription médicale obligatoire, prise en charge à 60 % en cabinet de ville, fréquence et durée adaptées à chaque cas : fiche ameli.fr sur la rééducation. Parcours gradué en trois niveaux et centres de référence : guide HAS sur le parcours des troubles dys.
NOTATION
La notation : obtenir une évaluation qui ne sanctionne pas l’orthographe partout
C’est le cœur du sujet, et c’est là que la dysorthographie devient le trouble le plus puni de l’école française. Un enfant dyscalculique perd des points en maths. Un enfant dysorthographique en perd partout : en histoire, en SVT, en anglais. Il en perd dans les matières qu’il maîtrise, sur des connaissances qu’il possède, parce que le canal de restitution est justement celui qui est atteint.
Cette injustice a une réponse administrative. Encore faut-il distinguer ce qui relève du droit et ce qui relève de la bonne volonté : les deux sont constamment mélangés dans ce qu’on lit.
Ce qui relève du droit, ce qui relève de la marge de manœuvre
Soyons précis. Je n’ai trouvé aucun texte national qui interdise à un enseignant de retirer des points pour l’orthographe sur une copie d’histoire. Sans document écrit, la manière de noter relève largement de son appréciation. Vous pouvez le lui demander, et beaucoup acceptent. Mais c’est un accord, pas un droit : il tombe au changement de professeur.
Ce qui transforme un accord en obligation, c’est un document. Le plan d’accompagnement personnalisé (PAP) est prévu par l’article D. 311-13 du code de l’éducation et organisé par la circulaire du 22 janvier 2015. Il s’adresse aux élèves dont les difficultés scolaires résultent d’un trouble des apprentissages, sans passer par la MDPH, et la circulaire précise qu’il est mis en œuvre par le ou les enseignants de l’élève. Une fois écrit et accepté, il ne se renégocie plus à chaque contrôle.
Les cases du PAP qui concernent l’orthographe
Le PAP n’est pas un texte libre : c’est un formulaire national, avec des cases à cocher qui varient selon le niveau. Le savoir change la réunion, parce qu’on arrive en sachant quoi demander. Voici les cases qui nous intéressent, telles qu’elles sont rédigées dans le formulaire officiel.
| Niveau | Rubrique | Intitulé exact de la case |
|---|---|---|
| École élémentaire | Évaluations | N’évaluer l’orthographe que si c’est l’objet de l’évaluation |
| École élémentaire | Production d’écrits | Recourir à la dictée à l’enseignant |
| Collège et lycée | Évaluations | Ne pas pénaliser les erreurs (orthographe grammaticale, d’usage) et le soin |
| Collège | Français | Proposer des dictées aménagées (à trous, avec un choix parmi plusieurs) |
| Tous niveaux | Outils | Permettre l’utilisation de l’ordinateur et de la tablette |
Retenez la première ligne, c’est la plus puissante du document : n’évaluer l’orthographe que si c’est l’objet de l’évaluation. En dictée, l’orthographe est l’objet, elle se note. En SVT, elle ne l’est pas.
Attention au piège : ces cases ne s’appliquent que si elles sont cochées. Un PAP n’est pas un forfait, c’est la réunion qui décide de son contenu, et il peut très bien être signé sans que la ligne sur l’orthographe le soit. Vérifiez le document avant de signer, et demandez qu’on ajoute ce qui manque. Le détail de la procédure, du PAP au PPS, est sur la page des aménagements scolaires pour les élèves dys.
Aux examens, ce n’est plus de la bonne volonté
Pour le brevet et le baccalauréat, on change de régime. La circulaire du 8 décembre 2020 organise la procédure : la décision appartient au recteur ou à l’inspecteur d’académie, après avis du médecin désigné par la CDAPH et appréciation de l’équipe pédagogique.
- Le calendrier. La demande se dépose avant la date limite d’inscription : pour le brevet et le baccalauréat, l’année qui précède, en quatrième puis en seconde. C’est tôt, et c’est la première cause de dossiers ratés.
- La procédure simplifiée. Un élève qui bénéficie déjà d’un PAP, d’un PAI ou d’un PPS avec avis médical antérieur y a accès. Un argument de plus pour faire écrire un PAP tôt.
- Ce qui peut être accordé. Temps majoré et pauses, secrétaire, ordinateur, adaptation de la présentation des sujets. Et si ces aménagements ne permettent pas de rétablir l’égalité des chances, le médecin peut se prononcer sur une adaptation ou une dispense d’épreuve.
- La limite à connaître. La circulaire est explicite : l’utilisation du correcteur d’orthographe est interdite pour les épreuves visant réglementairement à évaluer la compétence du candidat en orthographe. Il peut donc être accordé, mais pas sur la dictée.
Le brevet, et la ligne que presque personne ne connaît
La note de service qui fixe les modalités du brevet à compter de la session 2026 pose le principe : la maîtrise de la langue française à l’écrit est évaluée dans l’ensemble des exercices de l’épreuve de français, et la dictée compte pour dix points sur les cent de cette épreuve.
Mais le même texte prévoit autre chose : sans contrevenir à l’anonymat, un dispositif de signalisation permet d’indiquer une copie qui doit bénéficier d’un barème ou d’une évaluation spécifique. Elle ne s’improvise pas le jour de l’épreuve : elle découle du dossier d’aménagement déposé en amont.
Je souhaite que le PAP mentionne explicitement de n’évaluer l’orthographe que si c’est l’objet de l’évaluation. Je souhaite que l’usage de l’ordinateur soit coché pour toutes les matières, pas seulement en français. Et je souhaite qu’on inscrive au compte rendu la date de dépôt du dossier d’aménagement d’examen.
MAISON
À la maison : les dictées, les devoirs, et arrêter de faire recopier dix fois
Le soir, il ne reste plus grand-chose de la bonne volonté du matin. L’enfant a passé sa journée à compenser, vous avez travaillé, et il y a une leçon de conjugaison sur la table. C’est dans ce créneau-là que se font la plupart des dégâts, et c’est aussi là qu’on peut changer beaucoup de choses sans y passer deux heures.
Recopier dix fois un mot mal écrit : pourquoi j’ai arrêté
Je ne vais pas vous citer une étude : je n’en ai pas trouvé qui tranche proprement la question de la copie répétée chez l’enfant dysorthographique. Ce que je peux vous donner, c’est le raisonnement, et ce que j’observe.
Quand un enfant recopie un mot dix fois, il regarde le modèle pour la première ligne, puis il recopie sa propre ligne précédente. À partir de la cinquième, il ne regarde plus rien du tout : il produit du geste. Si la forme était fausse au départ, il vient de l’installer huit fois. Et quand la main fatigue, ce qui arrive vite chez beaucoup de ces enfants, les trois dernières lignes sont pires que la première.
Le vrai problème n’est même pas là : c’est le message. Dix lignes de copie ne sont pas perçues comme un apprentissage, elles sont perçues comme une sanction. Or l’enfant qui associe l’orthographe à la punition arrête d’écrire, et un enfant qui arrête d’écrire ne progressera jamais en orthographe.
Ce que je fais à la place est plus court et plus actif : trois mots par soir, pas dix. On regarde le mot ensemble, on repère ce qui ne s’entend pas, on cache le modèle, on écrit, on compare tout de suite. Deux minutes. Le lendemain, on reprend les trois mêmes, et seulement ensuite on en ajoute.
Les dictées : ce qu’on peut changer sans tricher
Bonne nouvelle, les aménagements les plus utiles ne sont pas des inventions de parents : ils figurent noir sur blanc dans le formulaire officiel du PAP. Vous pouvez donc les proposer à l’école en citant le document, et les reprendre chez vous.
- La dictée à trous ou à choix multiples. L’enfant se concentre sur ce qui est réellement évalué au lieu de se noyer dans le reste.
- La dictée à l’adulte. L’enfant dicte, l’adulte écrit, et on vérifie que les idées sont là. C’est prévu pour l’école élémentaire dans le formulaire, sous le nom de dictée à l’enseignant.
- Le barème positif. Compter les mots justes plutôt que les fautes. Huit sur vingt et quarante mots corrects sur cinquante décrivent la même copie, mais ne fabriquent pas le même enfant.
- Une seule chose à la fois en relecture. Un passage pour les accords du pluriel, un passage pour les verbes. Chercher toutes les fautes en même temps ne fonctionne pas.
Les devoirs : séparer le fond et la forme
La règle que je défends le plus, c’est celle des deux temps. D’abord on produit, sans se soucier de l’orthographe, en acceptant les mots approximatifs et les traits à la place des mots inconnus. Ensuite seulement on corrige, avec l’outil qui convient. Mélanger les deux, c’est demander à l’enfant de piloter et de réparer en même temps.
Pour les textes longs, le clavier change la donne, et ce n’est pas moi qui l’invente : l’Assurance Maladie conseille de proposer à l’enfant d’utiliser un ordinateur s’il doit écrire de longs textes ou s’il doit écrire vite. Le correcteur orthographique n’est pas une triche, c’est une prothèse, au même titre que des lunettes. J’ai détaillé ce qui aide vraiment et ce qui finit au fond du tiroir dans le guide des outils numériques pour les dys.
Et pour la leçon à apprendre : faites-la réciter à l’oral, toujours. La restitution orale montre ce que l’enfant sait réellement. Si vous ne vérifiez que par écrit, vous mesurez son orthographe, pas ses connaissances — exactement le biais que cette page entière essaie de corriger.
Ce que je surveille le plus
Ce n’est pas la moyenne. C’est ce que l’enfant dit de lui-même. L’Assurance Maladie recommande d’éviter les attitudes culpabilisantes ou humiliantes et de valoriser l’effort plutôt que la comparaison aux autres. C’est une formule administrative, mais elle désigne le vrai risque : un enfant qui fournit beaucoup d’efforts pour des résultats stables finit par expliquer l’écart par lui-même, et l’explication qu’il trouve est toujours la pire.
Alors on nomme les choses. On explique le trouble avec des mots simples, on montre que ce n’est pas un défaut de volonté, on rappelle ce qu’il réussit ailleurs. Et on garde une trace des progrès réels, même minuscules, parce que sur ce terrain-là la mémoire des familles est courte et celle des enfants est impitoyable.
Chez nous, la phrase qui a le mieux marché n’est pas une phrase d’encouragement, c’est une phrase de répartition : ce soir, l’orthographe c’est mon travail, les idées c’est le tien. Ça a supprimé la moitié des disputes du soir. Je ne suis ni orthophoniste, ni enseignante, et je ne prétends pas que ça remplace une rééducation — mais ça rend la table de la cuisine vivable.
?Quelle est la différence entre la dysgraphie et la dysorthographie ?⌄
La dysgraphie est un trouble du geste d’écriture : le tracé est irrégulier, la main fatigue ou fait mal, l’écriture est lente et parfois illisible. La dysorthographie est un trouble de l’orthographe et de la production écrite : l’écriture peut être parfaitement lisible, mais les mots sont mal orthographiés et les accords ne se posent pas. Un enfant dysgraphique peut avoir une orthographe irréprochable, et un enfant dysorthographique peut avoir une belle écriture. Les deux se rencontrent souvent ensemble, mais ils ne relèvent pas des mêmes professionnels : orthophoniste pour le langage écrit, ergothérapeute ou psychomotricien pour le geste.
?Peut-on avoir une dysorthographie sans dyslexie ?⌄
Oui. L’Inserm indique que la dysorthographie est très souvent associée à la dyslexie, mais l’association n’est pas systématique. Certains enfants lisent correctement, parfois même avec plaisir, et écrivent avec beaucoup d’erreurs. Ces situations sont repérées plus tard, précisément parce que la lecture, qui est l’alarme que l’école écoute en premier, ne sonne pas. Si votre enfant lit bien et écrit mal, c’est un motif de bilan à part entière.
?À quel âge peut-on diagnostiquer une dysorthographie ?⌄
L’Assurance Maladie précise que le diagnostic ne peut pas être confirmé avant la fin de l’année de CE1, lorsque la majorité des enfants maîtrisent les bases de la lecture et de l’écriture. Avant cet âge, on observe, on soutient et on adapte si besoin, mais on ne conclut pas. Cela ne veut pas dire qu’il faille attendre pour consulter : un rendez-vous chez le médecin de l’enfant est utile dès que l’écart entre l’oral et l’écrit est net et qu’il dure. Le médecin prescrira le bilan orthophonique, qui définira la sévérité et les caractéristiques du trouble.
?Un enseignant a-t-il le droit d’enlever des points pour l’orthographe à un élève dys ?⌄
Il faut distinguer deux situations. Sans document écrit, la manière de noter relève largement de l’appréciation de l’enseignant, et rien ne l’oblige à neutraliser l’orthographe sur une copie d’histoire : vous pouvez le lui demander, mais c’est un accord, pas un droit, et il ne se transmet pas d’une année sur l’autre. Avec un plan d’accompagnement personnalisé, c’est différent : le PAP est prévu par l’article D. 311-13 du code de l’éducation et il est mis en œuvre par le ou les enseignants de l’élève. Le formulaire national contient des cases explicites, comme « n’évaluer l’orthographe que si c’est l’objet de l’évaluation » à l’école élémentaire, ou « ne pas pénaliser les erreurs (orthographe grammaticale, d’usage) et le soin » au collège et au lycée. Encore faut-il que ces cases soient effectivement cochées dans le document signé.
?La dysorthographie se guérit-elle ?⌄
Non, et il vaut mieux le savoir. Il s’agit d’un trouble durable, pas d’un retard qui se comble. Ce que décrit l’Inserm, c’est une prise en charge qui permet d’améliorer et de compenser les fonctions déficientes : améliorer et compenser, pas effacer. En pratique, le coût de l’écriture diminue, certaines formes finissent par s’installer, et les outils de compensation prennent le relais là où l’automatisation ne viendra pas. Aucune durée standard de rééducation ne peut vous être annoncée : l’Assurance Maladie rappelle que la fréquence des séances et la durée du traitement sont adaptées à chaque cas.
?Le correcteur orthographique est-il autorisé aux examens ?⌄
Il peut l’être, mais pas partout. La circulaire du 8 décembre 2020 sur les aménagements d’examens précise que l’utilisation du correcteur d’orthographe est interdite pour les épreuves visant réglementairement à évaluer la compétence du candidat en orthographe. Un correcteur peut donc être accordé sur des épreuves où l’orthographe n’est pas l’objet de l’évaluation, mais pas sur une dictée. La décision revient au recteur ou à l’inspecteur d’académie, après avis du médecin désigné par la CDAPH, et la demande doit être déposée avant la date limite d’inscription à l’examen, ce qui signifie dès la quatrième pour le brevet et dès la seconde pour le baccalauréat.
Pour aller plus loin dans le dossier :
Il y a un soir que je n’oublierai pas. Le cahier était ouvert, la leçon avait été apprise, récitée, vérifiée. Et sur la page, il y avait quatre lignes où presque chaque mot était faux. Ce n’est pas la copie qui m’a serré la gorge, c’est la question qui a suivi : pourquoi ça ne rentre pas.
Je ne suis ni médecin, ni orthophoniste, ni ergothérapeute, ni psychologue. Je ne poserai aucun diagnostic à votre place et je ne vous promettrai pas de résultat. Ce que je peux vous donner, ce sont les phrases exactes qui existent dans les textes officiels, celles qu’on peut demander à l’école, et deux ou trois choses qui rendent le soir moins lourd. Ça n’a l’air de rien. Ça change beaucoup.
Un enfant dysorthographique n’a pas moins d’idées. Il a moins de moyens de les poser sur la page.
Vous voulez la vue d’ensemble des troubles dys ?
Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysphasie, dyspraxie : ils se ressemblent, ils s’associent, et ils ne se travaillent pas de la même façon. Le guide pilier remet chacun à sa place et indique par où commencer.
Voir le guide des troubles dys →Rappel : cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de difficulté, rapprochez-vous de votre médecin, d’un·e ergothérapeute ou orthophoniste.
