Accueil > Guides > Troubles dys : panorama complet (dyslexie, dyspraxie, dysphasie, dyscalculie) > Le bilan orthophonique, de l’ordonnance au compte rendu

Le bilan orthophonique, de l’ordonnance au compte rendu

⚡ En bref

Le bilan orthophonique se fait sur prescription : ton médecin traitant, ton pédiatre ou le médecin de l’éducation nationale peuvent la signer.

Demande la mention « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire » : elle évite de repasser par le médecin avant les séances.

Les actes d’orthophonie en cabinet de ville sur prescription sont pris en charge à 60 % par l’Assurance Maladie, et les moins de 18 ans sont exonérés de franchise médicale.

AL

Aurélie Leroux

Fondatrice de LeoBelo • Maman de Lucas (TSA, TDAH, dysgraphie) • Ni médecin, ni ergothérapeute, ni psychologue • Ma page auteur

✓ Parcours de parent ✓ Sources citées ✓ Testé à la maison

DÉCLENCHEURS

À quoi sert un bilan orthophonique, et quand le demander

Un bilan orthophonique n’est pas un verdict. C’est un examen. Un professionnel de santé regarde où en est ton enfant sur le langage — parlé, écrit, ou les deux — compare ce qu’il observe à ce qu’on attend d’un enfant du même âge, écrit un compte rendu, et le renvoie au médecin qui l’a prescrit. Rien de plus. Il n’y a ni note, ni classement, ni dossier qui suivra ton enfant toute sa vie.

Je le précise d’emblée parce que je me souviens très bien du jour où on m’a dit, à la sortie de l’école, qu’il faudrait « faire un bilan ». J’ai entendu une accusation. J’ai mis des semaines à comprendre que c’était juste une porte à pousser. Je ne suis ni médecin, ni orthophoniste : je te raconte le parcours vu du côté du parent, avec les textes officiels sous la main.

Ce que le bilan va chercher

Il n’y a pas un bilan orthophonique, il y en a plusieurs, et le choix dépend de ce qui inquiète. Dans son guide sur le parcours de santé des enfants avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages, la Haute Autorité de santé distingue le « bilan orthophonique de la communication et du langage oral », face à des difficultés d’expression, de compréhension ou d’usage social du langage, et le « bilan orthophonique de la communication et du langage écrit », face à des difficultés de lecture et d’écriture.

C’est le médecin qui oriente vers l’un ou l’autre, à partir de ce que tu lui décris et de ce qu’il observe. Et le bilan ne s’arrête jamais au symptôme visible : un enfant qui lit mal peut avoir un problème de déchiffrage, de mémoire de travail, d’attention, de vue, d’audition, ou simplement un décalage d’apprentissage qui se comblera. Le bilan sert précisément à trancher entre ces hypothèses — et parfois à conclure qu’aucune ne tient.

📋
Référence officielleHaute Autorité de santé, guide parcours de santé TSLA, décembre 2017

La HAS organise le parcours en trois niveaux : le premier niveau de recours est « sous la responsabilité du médecin de l’enfant (médecin généraliste ou pédiatre) », le deuxième mobilise des « équipes spécialisées pluridisciplinaires de proximité », le troisième les centres de référence hospitalo-universitaires pour « les situations les plus complexes ». Autrement dit : on commence toujours par le médecin traitant ou le pédiatre, jamais par le centre expert.

Les déclencheurs côté maison

L’Assurance Maladie publie des repères par âge pour le langage oral. Ils ne sont pas des couperets — les enfants ne suivent pas un calendrier — mais ils donnent un seuil au-delà duquel on arrête d’attendre :

  • vers 18 mois, « l’enfant ne fait pas de tentative pour dire des mots, ne babille pas » ;
  • entre 2 et 3 ans, il n’a pas atteint une cinquantaine de mots et n’associe pas deux mots entre eux ;
  • à 3 ans, il « n’est compris que par son entourage » ;
  • à partir de 4 ans, son vocabulaire reste pauvre, sa parole simplifiée, et les personnes extérieures ne le comprennent pas ;
  • à partir de 5 ans, il peine à organiser son discours ou à comprendre ce qu’on lui dit ;
  • à la fin du CP, l’acquisition de la lecture ne se met pas en place.

À ces repères, j’ajoute ceux qu’aucun texte ne liste et que tous les parents connaissent : l’enfant qui invente des stratégies d’évitement, qui apprend les textes par cœur pour ne pas avoir à les lire, qui a mal au ventre le dimanche soir, qui se met en colère au moment des devoirs alors qu’il est calme le reste du temps. Une fatigue disproportionnée par rapport au travail fourni, c’est un signal.

Les déclencheurs côté école

L’école est souvent la première à alerter, et c’est logique : c’est là que se joue l’écrit, et c’est là qu’on voit trente enfants du même âge côte à côte. Une remarque de l’enseignant, une évaluation nationale décrochée, un cahier illisible, une lenteur qui empêche de finir les exercices : chacun peut ouvrir la discussion.

Un point de calendrier compte beaucoup et évite bien des malentendus. L’Assurance Maladie rappelle que « l’apprentissage du langage écrit nécessite au total un ou deux ans, et n’est terminé qu’à la fin du CE1 pour la plupart des enfants » : on ne pose donc pas un diagnostic de dyslexie avant la fin du CE1. En CP, un enfant qui confond des lettres n’est pas forcément dyslexique — il est en train d’apprendre. Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre sans rien faire, cela veut dire que la question posée au bilan ne sera pas la même selon l’âge.

Si tu veux resituer tout ça dans l’ensemble des troubles des apprentissages, j’ai écrit le panorama des troubles dys ; et le détail des signes de lecture est dans la page consacrée à la dyslexie.

💡
Mon conseil de mamanAvant même de prendre le rendez-vous

Ouvre un carnet, ou une note sur ton téléphone, et écris ce que tu observes avec la date. Trois lignes, pas une dissertation : « lundi, a mis 40 minutes pour trois lignes de copie », « a lu « chien » à la place de « chine » ». Au moment du bilan, l’orthophoniste va te poser des questions précises sur ce que ton enfant fait au quotidien, et notre mémoire de parent est terriblement mauvaise sous stress. Ce carnet m’a plus servi que tous les conseils que j’ai pu lire.


PRESCRIPTION

L’ordonnance : qui la prescrit, ce qu’elle doit mentionner

Le bilan orthophonique se fait sur prescription médicale. Ce n’est pas une formalité qu’on peut sauter : sans ordonnance, l’acte n’est pas pris en charge par l’Assurance Maladie. La bonne nouvelle, c’est que l’ordonnance est simple à obtenir et que plusieurs médecins peuvent la signer.

Qui peut prescrire

L’Assurance Maladie l’écrit ainsi pour les troubles du langage écrit : « Le médecin de l’enfant (pédiatre, médecin généraliste) en coordination avec le médecin de santé scolaire prescrit des soins de rééducation orthophonique. » Et elle ajoute, sur la page consacrée au repérage de la dyslexie, que « le médecin de santé scolaire peut également prescrire un bilan orthophonique » pour les élèves scolarisés dans son secteur.

Cette deuxième porte est très mal connue des parents, et elle débloque beaucoup de situations. Si ton médecin traitant a un délai de trois semaines et que l’école a déjà signalé des difficultés, demande à rencontrer le médecin de l’éducation nationale. Passe par la direction de l’école pour obtenir le rendez-vous.

Qui peut signer l’ordonnance de bilan orthophonique
PrescripteurCe qu’il faut savoir
Médecin généralisteC’est le premier niveau de recours dans le parcours décrit par la HAS. Prends un créneau dédié, pas la fin d’une consultation pour angine.
PédiatreMême rôle que le généraliste selon l’Assurance Maladie. Utile s’il suit ton enfant depuis longtemps et connaît son histoire.
Médecin de l’éducation nationalePeut prescrire un bilan orthophonique pour les élèves de son secteur. Souvent oublié, parfois plus rapide à joindre via l’école.
Médecin d’un CMPP, d’un CMP ou d’un CAMSPPrescrit dans le cadre de la prise en charge de la structure, quand l’enfant y est déjà suivi.

La formule exacte à demander

C’est le détail le plus utile de toute cette page, et il tient en une ligne. Le guide de la HAS mentionne la prescription de « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire ». Cette formulation autorise l’orthophoniste, s’il conclut à un besoin de rééducation, à enchaîner directement sur les séances — sans que tu doives reprendre un rendez-vous chez le médecin uniquement pour faire réécrire une ordonnance.

Une ordonnance qui ne mentionnerait qu’un bilan, sans cette clause, t’oblige à refaire un aller-retour chez le prescripteur. Ce n’est pas dramatique, mais c’est deux à six semaines perdues selon les délais de ton médecin. Alors dis-le simplement : « Est-ce que vous pouvez écrire « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire » ? » Aucun médecin ne le prendra mal.

Ce que l’ordonnance n’a pas besoin de contenir

Elle n’a pas besoin d’un diagnostic. C’est même l’inverse du bon sens administratif : le bilan sert à explorer, pas à confirmer une étiquette déjà posée. Ton médecin n’a pas à écrire « dyslexie » pour prescrire un bilan de langage écrit.

Elle n’a pas besoin de nommer un orthophoniste en particulier : tu choisis librement le professionnel. Et elle ne t’engage à rien — une ordonnance de bilan dans un tiroir, c’est une porte ouverte, pas un traitement commencé.

En revanche, si d’autres pistes sont en jeu — vue, audition, coordination motrice, attention — c’est le moment d’en parler au médecin dans la même consultation. L’Assurance Maladie indique que le bilan complet peut, selon les cas, s’accompagner d’un examen ophtalmologique, d’un examen de l’audition, d’un bilan psychologique avec test d’efficience intellectuelle ou d’un bilan psychomoteur. Autant sortir du cabinet avec toutes les ordonnances utiles plutôt que de revenir trois fois.

⚠️
Point de vigilanceGarde une copie

Photographie l’ordonnance dès que tu sors du cabinet. Entre le moment où tu l’obtiens et le premier rendez-vous, il peut s’écouler plusieurs mois, et les papiers voyagent mal dans une maison où l’on cherche déjà les affaires de sport tous les mardis. La photo t’évitera aussi de tout recommencer si tu changes de professionnel en cours de route.


DÉLAIS

Trouver un orthophoniste, et ne pas perdre l’attente

C’est ici que ça coince, pour presque tout le monde. Obtenir l’ordonnance prend une consultation ; obtenir un rendez-vous d’orthophonie prend beaucoup plus longtemps, et personne ne prévient les parents. Je ne vais pas te donner un délai moyen : il n’existe pas de chiffre officiel national fiable, et il varie énormément d’un département à l’autre. Ce que je peux faire, c’est te dire ce qui existe pour raccourcir l’attente, et ce qui se fait pendant.

Chercher, concrètement

Deux principes simples. D’abord, élargis le périmètre : cherche dans la commune voisine, près du lieu de travail d’un des parents, sur le trajet de l’école. Ensuite, ne te contente jamais d’un « non ». Demande systématiquement : « Est-ce que vous avez une liste d’attente, et est-ce que je peux y être inscrit ? » Beaucoup de refus sont des refus de rendez-vous immédiat, pas des refus d’inscription.

Rappelle toutes les trois ou quatre semaines, poliment et brièvement. Les désistements existent, et ils profitent à celui dont le nom est frais dans la tête du praticien. Laisse aussi ton numéro en précisant que tu es disponible sur des créneaux difficiles à remplir — début d’après-midi, milieu de matinée pendant les vacances.

Un dispositif conventionnel mérite d’être connu : la Plateforme prévention et soins en orthophonie (PPSO), généralisée par l’avenant 21 à la convention nationale des orthophonistes, entré en vigueur le 23 février 2026. Un orthophoniste qui y participe comme effecteur « s’engage à recevoir le patient dans un délai de 3 mois maximum après adressage et à assurer la continuité des soins du patient à l’issue de la réalisation du bilan ». Demande à ton médecin, ou à ta caisse d’assurance maladie, si ce dispositif est déployé chez toi.

Les structures, une autre porte d’entrée

Le cabinet libéral n’est pas la seule voie. L’Assurance Maladie décrit plusieurs structures, avec des publics différents, et leurs consultations sont prises en charge sans avance de frais dans la plupart des cas.

Structures publiques mentionnées par l’Assurance Maladie
StructurePour qui
CAMSP — centre d’action médico-sociale précoceA « pour mission le dépistage, le diagnostic, le traitement et la rééducation des jeunes enfants avant leur entrée à l’école primaire ».
CMPP — centre médico-psycho-pédagogique« S’adresse aux enfants de plus de 6 ans et adolescents jusqu’à 20 ans, qui éprouvent des difficultés d’apprentissage. »
CMP — centre médico-psychologiqueÉtablissement public qui « assure des consultations qui sont entièrement prises en charge par l’Assurance Maladie ».
CRTLA — centre de référence des troubles du langage et des apprentissages« Chaque région dispose d’une structure de ce type. » Réservé aux situations complexes, sur adressage.

Ces structures ont elles aussi des listes d’attente, souvent longues. L’intérêt est de candidater en parallèle : inscription en cabinet libéral et dossier déposé au CMPP, par exemple. Le premier qui répond gagne, et tu annules l’autre. J’ai fait exactement ça, et je n’ai jamais regretté d’avoir posé deux dossiers plutôt qu’un. Si tu veux une vue d’ensemble des professionnels et de l’ordre dans lequel les solliciter, j’ai récapitulé le parcours de diagnostic ici.

Ce qu’on fait pendant l’attente

L’attente n’est pas du temps mort, et c’est le point que je veux marteler. Trois chantiers peuvent avancer sans aucun bilan en main.

Le chantier scolaire. Le plan d’accompagnement personnalisé (PAP) est défini par la circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015. Il peut être demandé par les parents à tout moment, et il repose sur l’avis du médecin de l’éducation nationale, qui « établit le constat des troubles » en s’appuyant sur l’examen clinique et sur les bilans disponibles — le texte n’impose pas un bilan préalable spécifique. Surtout, la circulaire précise que « le plan d’accompagnement personnalisé ne constitue pas pour les familles un préalable nécessaire à la saisine de la MDPH ». Autrement dit : tu peux demander des aménagements avant que le bilan soit fait. J’ai détaillé la mécanique des dispositifs scolaires dans ma page sur le PAP, le PPS et l’AESH.

Le chantier maison. Baisse la pression sur les devoirs. Un enfant qui s’épuise chaque soir sur une tâche hors de portée n’apprend pas, il apprend à détester. Fixer une durée maximale, arrêter quand elle est atteinte, et le dire à l’enseignant, est une décision de parent parfaitement légitime — j’ai décrit ce cadre dans une routine de devoirs qui tient dans la durée.

Le chantier des examens complémentaires. S’il y a un doute sur la vue ou l’audition, ces rendez-vous-là peuvent se prendre tout de suite, et leurs résultats seront utiles à l’orthophoniste le jour du bilan.


LE JOUR J

Ce qui se passe pendant le bilan

Le jour du bilan arrive, et c’est souvent le parent qui est le plus nerveux. Voilà ce à quoi t’attendre, sans dramatiser et sans enjoliver.

Le déroulé

Un bilan se déroule en général en trois temps. D’abord un temps d’entretien avec toi : l’orthophoniste veut connaître l’histoire de ton enfant, son développement, sa scolarité, ce qui t’inquiète et depuis quand. C’est là que le carnet d’observations dont je parlais plus haut vaut de l’or.

Ensuite, le temps des épreuves avec l’enfant. L’Assurance Maladie le formule ainsi : « L’orthophoniste établit un bilan de dépistage de troubles du langage grâce à des tests spécifiques. » Ces tests sont étalonnés, c’est-à-dire qu’ils ont été passés par un grand nombre d’enfants, ce qui permet de situer les résultats de ton enfant par rapport à ceux de son âge. Enfin, un temps de restitution : ce que l’orthophoniste a observé, ce qu’il en conclut, ce qu’il propose.

Sur la durée, je préfère être honnête : elle dépend du bilan demandé, de l’âge de l’enfant et de sa fatigabilité, et je n’ai pas trouvé de texte public qui fixe un chiffre valable partout. Certains bilans tiennent sur une séance longue, d’autres se répartissent sur deux rendez-vous. Pose la question au moment de la prise de rendez-vous, et note la réponse — cela conditionne l’organisation de ta journée et l’absence scolaire éventuelle.

Ce qu’on demande à l’enfant

Selon ce qui est exploré : répéter des mots ou des phrases, nommer des images, raconter une histoire à partir d’images, comprendre des consignes de plus en plus longues, lire des listes de mots réels et de mots inventés, écrire sous dictée, parfois manipuler des quantités. Il y a très souvent une partie où l’enfant ne réussit pas, et c’est normal : les épreuves montent en difficulté jusqu’à ce qu’elles ne passent plus, sinon elles ne mesureraient rien.

Ce point-là, dis-le à ton enfant à l’avance. Un enfant qui pense qu’il doit tout réussir sort d’un bilan convaincu d’avoir échoué. Un enfant à qui on a expliqué que les exercices deviennent volontairement trop durs sort simplement fatigué.

Selon les cas, d’autres examens viendront compléter — l’Assurance Maladie cite un examen ophtalmologique, un examen de l’audition, un bilan psychologique avec test d’efficience intellectuelle, un bilan psychomoteur. Ce n’est pas une surenchère : chacun sert à écarter une hypothèse.

Le préparer sans l’angoisser

🗣️

Dis la vérité, en simple

« On va voir quelqu’un dont le métier est de comprendre comment tu lis et comment tu parles, pour savoir comment t’aider. » Pas de mensonge, pas de mise en scène. Les enfants sentent quand on leur cache quelque chose et imaginent toujours pire.

🚫

N’entraîne surtout pas

Faire réviser la veille fausse la mesure et ne rend service à personne. Un bilan n’est pas un contrôle : on ne triche pas pour avoir une meilleure note, on cherche une image fidèle.

🛏️

Soigne la logistique

Un enfant fatigué ou affamé donne une image faussée de lui-même. Nuit correcte, goûter avant, créneau où il est au meilleur de sa forme, et prévois un moment tranquille après.

Un mot sur ta place à toi pendant les épreuves. Certains professionnels te feront entrer, d’autres travailleront seuls avec l’enfant. Les deux se défendent, et ce n’est pas un signe de méfiance : un enfant se comporte différemment quand son parent est dans la pièce. Si ton enfant est très anxieux à l’idée d’être séparé de toi, dis-le au téléphone avant le rendez-vous plutôt que de le découvrir dans la salle d’attente.

💡
Avec LucasCe que j’ai fait de travers

Pour son premier bilan, j’ai voulu bien faire : j’ai parlé de ce rendez-vous pendant une semaine entière. Résultat, un enfant en boucle d’angoisse avant même d’être arrivé. La fois suivante, je l’ai dit la veille au soir, calmement, et on a parlé d’autre chose. Ça s’est infiniment mieux passé. Les enfants n’ont pas besoin d’un long préavis — ils ont besoin d’une information claire et d’un adulte qui n’a pas l’air paniqué.


REMBOURSEMENT

Le remboursement : ce qui est pris en charge, ce qui reste

Le remboursement de l’orthophonie est plus simple qu’on ne le croit, à condition de séparer trois choses : le taux de prise en charge, le tarif de l’acte, et ce qui reste réellement à ta charge. Sur cette section, je m’en tiens strictement à ce que publie l’Assurance Maladie, parce qu’un chiffre faux sur une page santé fait plus de dégâts qu’une page qui n’en donne aucun.

Ce que prend l’Assurance Maladie

L’Assurance Maladie l’écrit noir sur blanc : « Les séances d’orthophonie ou d’orthoptie en cabinet de ville, sur prescription médicale, sont prises en charge à 60 %. » Son tableau récapitulatif des taux de remboursement range les orthophonistes parmi les « auxiliaires médicaux » et retient le même taux de 60 %.

Deux conditions se cachent dans cette phrase, et ce sont exactement celles qui posent problème quand on les oublie : il faut une prescription médicale, et le professionnel doit exercer en cabinet de ville dans le cadre conventionné. Les 40 % restants — le ticket modérateur — relèvent de ta complémentaire santé si tu en as une, et la couverture varie fortement d’un contrat à l’autre. Vérifie ton contrat sur la ligne « auxiliaires médicaux » plutôt que de chercher le mot « orthophonie », qui n’y figure pas toujours.

Le tarif : pourquoi je ne te donne pas de montant

Les actes d’orthophonie sont facturés selon des tarifs conventionnels nationaux, construits à partir d’une lettre-clé et de coefficients propres à chaque acte. Ces valeurs bougent : l’avenant 21 à la convention nationale des orthophonistes est entré en vigueur le 23 février 2026 et a modifié plusieurs règles de facturation. Un montant recopié d’un article rédigé l’an dernier a donc toutes les chances d’être faux aujourd’hui.

La bonne démarche tient en deux gestes. Demande le tarif au cabinet au moment de la prise de rendez-vous — c’est une question normale, personne ne s’en offusque. Et vérifie la valeur en vigueur sur la page des tarifs conventionnels des orthophonistes sur ameli.fr. Si un site te promet un chiffre au centime près sans dater sa source, méfie-toi.

Ce qui reste vraiment à ta charge

Il y a une bonne nouvelle que peu de parents connaissent. La franchise médicale de 1 € par acte paramédical, plafonnée à 4 € par jour et à 50 € par personne et par année civile, ne s’applique pas aux mineurs : l’Assurance Maladie liste « les enfants et les jeunes de moins de 18 ans » parmi les personnes exonérées. Pour un enfant, cette ligne-là disparaît donc du calcul.

Le reste à charge, ligne par ligne
LigneCe qui s’applique
Acte d’orthophonie en cabinet de ville, sur prescriptionPris en charge à 60 % par l’Assurance Maladie.
Ticket modérateur (les 40 % restants)À la charge de la complémentaire santé, selon le contrat, ou de la famille à défaut.
Franchise médicale sur les actes paramédicaux1 € par acte, mais les moins de 18 ans en sont exonérés.
Consultation chez le médecin prescripteurRemboursée selon les règles habituelles des consultations médicales.
Suivi en CMPConsultations « entièrement prises en charge par l’Assurance Maladie ».

L’accord préalable : ce qui a changé

Pendant des années, l’orthophonie a été associée à la fameuse « demande d’accord préalable » adressée au service médical de la caisse. Le mécanisme général existe toujours : l’Assurance Maladie indique que « votre caisse d’assurance maladie dispose d’un délai de 15 jours à compter de la date de réception de la demande » et que « l’absence de réponse dans ce délai de 15 jours vaut acceptation ».

Mais pour l’orthophonie, la convention l’a fait reculer par étapes. L’avenant 19 avait déjà supprimé l’obligation de demande d’accord préalable à l’issue de la première réalisation d’un bilan orthophonique, et l’avenant 21, entré en vigueur le 23 février 2026 « supprime la demande d’accord préalable à l’issue des bilans pour le renouvellement des séances ». C’est une contrainte administrative en moins pour les familles, et une source d’informations périmées en plus sur internet — beaucoup de pages décrivent encore une procédure qui n’a plus lieu d’être.

⚠️
Point de vigilanceLes frais annexes

Le coût d’un suivi orthophonique, ce n’est pas seulement l’acte. C’est aussi les trajets, parfois hebdomadaires pendant des mois, et les heures de travail aménagées. Personne ne rembourse ça, et c’est souvent ce qui fait craquer les familles avant le budget lui-même. Un créneau proche de l’école ou du travail vaut parfois mieux qu’un cabinet réputé à trente minutes de route.

Ergothérapie, psychomotricité : la ligne de partage qui coûte cher

C’est le point qui surprend le plus les familles, et il vaut la peine d’être posé clairement, parce qu’il change complètement le budget d’un accompagnement.

💶
Ce qui est remboursé, ce qui ne l’est pasSources officielles, datées

L’orthophonie est prise en charge par l’Assurance Maladie en cabinet de ville, sur prescription médicale, selon les taux publiés par ameli.fr. Le reste peut être couvert par votre complémentaire santé.

L’ergothérapie et la psychomotricité, en revanche, ne sont pas remboursées par l’Assurance Maladie lorsqu’elles sont réalisées en cabinet de ville. Elles le sont intégralement lorsqu’elles ont lieu en CAMSP, CMP ou CMPP. Certaines complémentaires en remboursent une partie en libéral : cela vaut le coup de vérifier votre contrat avant de vous engager sur un suivi hebdomadaire.

Le forfait d’intervention précoce change la donne pour les plus jeunes. Pour un enfant de moins de 12 ans chez qui un trouble du neurodéveloppement est suspecté, les bilans et les séances d’ergothérapeute, de psychomotricien et de psychologue sont pris en charge sans avance de frais, à condition de passer par une plateforme de coordination et d’orientation (PCO), sur adressage d’un médecin — voir monparcourshandicap.gouv.fr. Il n’est pas cumulable avec l’AEEH.

Si personne ne vous a parlé de ce forfait, posez la question à votre médecin. Beaucoup de familles paient pendant des mois des séances qui auraient pu être prises en charge, simplement parce que le dispositif ne leur a jamais été mentionné.


APRÈS

Lire le compte rendu, et ce qui vient ensuite

Le bilan est passé. Reste à comprendre ce qui est écrit, et à savoir ce qui s’ouvre derrière. C’est souvent l’étape où les parents se sentent le plus seuls, parce que le compte rendu est un document technique adressé d’abord à un médecin.

Lire le compte rendu sans se noyer

Le compte rendu est transmis au médecin prescripteur. Le guide de la HAS précise qu’« une synthèse des conséquences fonctionnelles des troubles est adressée avec l’accord des parents aux professionnels en ayant besoin » : tu peux donc demander qu’une synthèse soit transmise à l’école, et c’est toi qui donnes l’accord. Ne fais pas circuler le compte rendu intégral dans l’établissement — la synthèse fonctionnelle suffit et protège l’intimité de ton enfant.

Sur le fond, quatre questions valent mieux qu’une lecture ligne à ligne des tableaux de résultats :

  1. Qu’est-ce qui a été testé, et qu’est-ce qui ne l’a pas été ?
  2. Où l’écart avec les enfants du même âge est-il le plus net, et où l’enfant est-il dans la norme ?
  3. Qu’est-ce que l’orthophoniste propose, à quelle fréquence, et vers quel objectif ?
  4. Qu’est-ce qui, dans ce document, peut se traduire en aménagements concrets en classe dès la semaine prochaine ?

Les résultats sont généralement exprimés en écart par rapport à la moyenne des enfants du même âge : ce sont des repères statistiques, pas des notes. Et si une phrase te semble obscure, appelle et demande. C’est légitime, et un professionnel préfère largement expliquer que voir un parent repartir avec un contresens.

La rééducation : rythme et durée

Si le bilan conclut à un besoin de rééducation, et que l’ordonnance portait la mention « avec rééducation si nécessaire », les séances peuvent commencer sans repasser par le médecin. Sur le rythme, l’Assurance Maladie reste volontairement souple : « La fréquence des séances de rééducation et la durée du traitement sont adaptées à chaque cas, selon le bilan initial et les progrès réalisés. » Il n’existe donc pas de durée standard, et quiconque t’annonce « ce sera six mois » avant d’avoir commencé invente.

Un point sur lequel les sources officielles insistent et que je vois trop peu relayé : « Le soutien de l’entourage (familial et scolaire) est essentiel pour la réussite de la prise en charge. » Concrètement, ce que fait l’orthophoniste une fois par semaine pèse moins que ce qui se passe les six autres jours. Demande, à chaque séance ou presque, ce qui peut être repris à la maison — cinq minutes bien ciblées valent mieux qu’une heure de bonne volonté mal orientée. Pour les plus grands, l’organisation change de nature : j’en parle dans notre guide sur le collège et le lycée.

Ce qui marcheLe rendez-vous de mi-parcours

Demande, dès le début du suivi, un point d’étape à date fixe — dans trois mois, par exemple. Cinq minutes en fin de séance suffisent : où en est-on, qu’est-ce qui a bougé, qu’est-ce qui ne bouge pas, faut-il changer quelque chose. Sans ce rendez-vous posé à l’avance, un suivi peut tourner en routine pendant deux ans sans que personne ne réévalue rien.

Et si le bilan ne conclut à rien ?

Ça arrive, et ce n’est ni un échec ni une perte de temps. Un bilan qui ne met en évidence aucun trouble spécifique dit quelque chose de précis : les difficultés observées ne s’expliquent pas par ce qui a été testé là. Ce résultat a trois vertus.

Il écarte des hypothèses, ce qui évite d’engager une rééducation inutile. Il fournit un point de départ chiffré : si les difficultés persistent, un second bilan un an plus tard se comparera au premier, et cette comparaison vaut souvent plus que le premier examen isolé. Et il oriente ailleurs — vers l’attention, la coordination motrice, le sommeil, la vue, le contexte de l’enfant. La HAS prévoit d’ailleurs cette montée en charge : quand le premier niveau ne suffit pas, le parcours passe par des équipes pluridisciplinaires de proximité, puis, pour les situations les plus complexes, par les centres de référence.

Enfin, ne renonce pas aux aménagements scolaires sous prétexte qu’aucun diagnostic n’a été posé. Le PAP s’appuie sur le constat des troubles établi par le médecin de l’éducation nationale, et non sur une étiquette diagnostique. Un enfant qui met deux fois plus de temps que les autres à copier une leçon a besoin d’un aménagement, que ce temps s’explique par un trouble nommé ou non.


?Faut-il une ordonnance pour un bilan orthophonique ?

Oui. Le bilan orthophonique se fait sur prescription médicale, et sans ordonnance l’acte n’est pas pris en charge par l’Assurance Maladie, qui précise que les séances d’orthophonie en cabinet de ville sont remboursées sur prescription médicale. Demande à ton médecin d’écrire la mention « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire », formulation reprise par la Haute Autorité de santé dans son guide sur le parcours des troubles spécifiques du langage et des apprentissages. Cette clause permet à l’orthophoniste d’enchaîner sur les séances de rééducation sans que tu doives reprendre un rendez-vous médical. L’ordonnance n’a besoin de mentionner ni diagnostic, ni nom de professionnel.

?Qui peut prescrire un bilan orthophonique ?

Le médecin de l’enfant en premier lieu : l’Assurance Maladie indique que le pédiatre ou le médecin généraliste, en coordination avec le médecin de santé scolaire, prescrit les soins de rééducation orthophonique. Le médecin de l’éducation nationale peut lui aussi prescrire un bilan orthophonique pour les élèves scolarisés dans son secteur, ce que très peu de parents savent. Un médecin qui suit déjà l’enfant dans un CMPP, un CMP ou un CAMSP peut également prescrire dans le cadre de cette prise en charge. Si le délai chez ton médecin traitant est long, la voie du médecin scolaire vaut la peine d’être tentée en passant par la direction de l’école.

?Combien coûte un bilan orthophonique et combien est-il remboursé ?

Les actes d’orthophonie réalisés en cabinet de ville sur prescription médicale sont pris en charge à 60 % par l’Assurance Maladie, taux qui s’applique à l’ensemble des auxiliaires médicaux dans son tableau récapitulatif. Les 40 % restants relèvent de ta complémentaire santé, avec une couverture qui varie beaucoup selon les contrats. Pour le montant exact de l’acte, je ne donne volontairement pas de chiffre ici : les tarifs conventionnels évoluent, et l’avenant 21 à la convention nationale des orthophonistes est entré en vigueur le 23 février 2026. Demande le tarif au cabinet lors de la prise de rendez-vous et vérifie la valeur en vigueur sur ameli.fr.

?Faut-il encore une demande d’accord préalable de la Sécurité sociale ?

Cette procédure a fortement reculé en orthophonie. L’avenant 19 à la convention nationale avait déjà supprimé l’obligation de demande d’accord préalable à l’issue de la première réalisation d’un bilan orthophonique, et l’avenant 21, en vigueur depuis le 23 février 2026, supprime cette demande à l’issue des bilans pour le renouvellement des séances. Le mécanisme général de l’accord préalable existe toujours pour d’autres actes : la caisse dispose alors de quinze jours pour répondre, et son silence vaut acceptation. Beaucoup de pages sur internet décrivent encore l’ancienne procédure : ne t’inquiète pas si ton orthophoniste ne te parle d’aucun formulaire.

?Combien de temps faut-il attendre pour obtenir un rendez-vous ?

Il n’existe pas de délai officiel national, et la réalité varie énormément d’un territoire à l’autre. Inscris-toi sur plusieurs listes d’attente en même temps, élargis ta recherche aux communes voisines et rappelle toutes les trois ou quatre semaines pour capter les désistements. Renseigne-toi aussi sur la Plateforme prévention et soins en orthophonie, généralisée par l’avenant 21 : l’orthophoniste qui y participe comme effecteur s’engage à recevoir le patient dans un délai de trois mois maximum après adressage. En parallèle, dépose un dossier auprès d’un CMPP, d’un CMP ou d’un CAMSP selon l’âge de ton enfant.

?Que faire si le bilan ne met en évidence aucun trouble ?

Un bilan qui ne conclut à aucun trouble spécifique n’est pas un bilan inutile : il écarte des hypothèses et évite d’engager une rééducation qui ne servirait à rien. Il fournit aussi un point de comparaison chiffré, utile si un second bilan est réalisé plus tard. Il peut enfin orienter la recherche ailleurs, vers l’attention, la coordination motrice, la vue, l’audition ou le sommeil ; la Haute Autorité de santé prévoit d’ailleurs un passage vers des équipes pluridisciplinaires puis vers les centres de référence quand le premier niveau ne suffit pas. Et surtout, cela ne ferme pas la porte aux aménagements scolaires : le plan d’accompagnement personnalisé repose sur le constat des troubles par le médecin de l’éducation nationale, pas sur une étiquette diagnostique.



💌

Quand on m’a parlé de bilan pour la première fois, j’ai cru qu’on me demandait de prouver quelque chose. J’ai passé des soirées à chercher des chiffres, des taux, des délais, et à tomber sur des pages qui se contredisaient. Ce dont j’avais besoin, en fait, c’était de savoir quoi demander, à qui, et dans quel ordre.

Je ne suis ni médecin, ni orthophoniste, ni psychologue. Je suis la mère de Lucas, et j’ai appris ce parcours en le faisant, en me trompant, en rappelant des cabinets. Cette page est ce que j’aurais voulu lire ce soir-là : les textes officiels d’un côté, ce qui se passe vraiment de l’autre, et rien d’inventé entre les deux.

Un bilan ne classe pas ton enfant. Il ouvre une porte, et tu peux la pousser sans attendre d’avoir toutes les réponses.

Une question ? Écrivez-moi à [email protected] — je lis tous les messages.

Tu ne sais pas par quel professionnel commencer ?

Orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricien, neuropsychologue, médecin scolaire : chacun répond à une question différente, et l’ordre dans lequel on les sollicite change tout. J’ai récapitulé qui fait quoi et comment s’organise un parcours de diagnostic.

Voir le parcours et les spécialistes →

Rappel : cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de difficulté, rapprochez-vous de votre médecin, d’un·e ergothérapeute ou orthophoniste.

0
Retour en haut